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actu & culture


LAHORE, Pakistan - jeudi 03 janvier 2008 à 16h55

Pakistan: Benazir Bhutto laisse un héritage contrasté pour les droits des femmes


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Souvent présentée en Occident comme l'icône des musulmanes, Benazir Bhutto laisse, au-delà du symbole, un héritage contrasté en matière de droits des femmes au Pakistan. Il n'est qu'à observer la composition du quatuor qui s'est disputé sa succession à la tête du Parti du peuple pakistanais, au lendemain de son assassinat: quatre hommes, dont son fils et son époux.

La présidence du PPP est finalement revenue à Bilawal Zardari, 19 ans, Asif Ali Zardari, veuf de l'ancien Premier ministre, agissant comme "régent".

De son arrivée au pouvoir voilà presque deux décennies à sa mort dans un attentat-suicide la semaine dernière, en passant par ses années d'exil, Benazir Bhutto n'aura jamais rechigné à jouer son rôle d'image idéale de la femme musulmane, entretenu par ses alliés occidentaux. Son décès est apparu comme un coup dur porté à la condition des femmes en Islam.

"Cet assassinat ne devrait pas dissuader les jeunes musulmanes du monde entier de s'exprimer et de revendiquer une place égale (à celle des hommes) dans la société", a plaidé le Congrès islamique américain peu après l'attentat du 27 décembre.

Si nombre de Pakistanaises saluent cette prise de position, elles la considèrent néanmoins simpliste au regard de la personne qu'était Benazir Bhutto: héritière d'une puissante dynastie politique et ancienne cheffe de gouvernement d'un pays dont les citoyens sont encore loin d'être égaux.

Certes, l'action de Mme Bhutto en tant que première femme dirigeante d'un pays musulman a contribué à ouvrir des portes dans une société à forte dominante masculine. Mais cette action a aussi été ternie par les accusations de corruption et les promesses non tenues, à l'instar des autres gouvernements pakistanais.

"Oui, bien sûr, c'était symbolique d'avoir une femme Première ministre", reconnaît Aysha Iqbal, étudiante de 23 ans à Lahore. Mais, ajoute-t-elle avec réalisme, "elle a été Première ministre parce que son père l'avait été avant elle".

Dans cette Asie du Sud, région du monde où un nombre record de femmes ont occupé les plus hautes fonctions (Indira Gandhi en Inde, Sirimavo Bandaranaike et sa fille Chandrika Kumaratanga au Sri Lanka, Sheikh Hasina et Khaleda Zia au Bangladesh), Benazir Bhutto a succédé à la tête du PPP (Parti populaire du Pakistan) à son père Zulfikar Ali Bhutto, pendu en 1979 à la suite d'un coup d'Etat militaire. Elle a ensuite porté son parti au pouvoir.

"Elle était notre héroïne à l'époque", se souvient Zareen Ahmed, qui dirige le Forum musulman britannique. "Pour des jeunes femmes comme moi, elle représentait l'espoir."

Jeune et belle, cette diplômée d'Oxford et d'Harvard semblait faire campagne avec la même aisance dans les taudis de Karachi que dans les salons de Londres ou New York. Très vite, des progrès pour les femmes se sont fait jour sous son administration.

"Elle a permis aux femmes d'avoir au moins accès à l'antichambre des décideurs", analyse Asma Jehangir, présidente de la Commission des droit de l'Homme du Pakistan, une organisation non-gouvernementale. "La seule fois où je me suis rendue à la résidence du Premier ministre ou à la présidence, c'était sous Benazir (1988-90 et 1993-96)."

Mais Benazir Bhutto a fini par se laisser prendre au piège de ce Pakistan presque féodal, où les dettes politiques sont pratique courante et où l'armée et les services de renseignement sont omniprésents. La question du droit des femmes a dès lors perdu en importance, tandis que le pays sombrait dans la corruption.

"Je pense que les féministes occidentales veulent voir Mme Bhutto et les autres femmes dirigeantes comme des pionnières", estime Muneeza Rashed, une habitante de Lahore âgée de 38 ans. "Ce n'est pas le cas. Ces femmes nous renvoient aux hommes qui les ont précédées. Elles pratiquent la même politique de vieux garçons", lâche-t-elle. "Pour elles, aider les femmes est secondaire..." AP

tl/v176/st




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