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Au Moyen-Orient, la guerre au Liban ne suscite pas seulement des réactions hostiles à Israël et aux Etats-Unis. Elle renforce également la colère des populations arabes contre leurs dirigeants, alors que les motifs d'insatisfaction sont déjà nombreux dans la région: violences en Irak, hausses des prix ou encore réformes démocratiques en panne.
"L'ensemble de la région est plongée dans la colère depuis la guerre en Irak, il y a plus de trois ans", souligne Diaa Rashwan, analyste égyptien au Centre pour les études politiques et stratégiques al-Ahram. "La frustration est énorme."
Des manifestations hostiles à Israël et son allié américain, ou pro-Hezbollah, ont eu lieu ces derniers jours au Moyen-Orient pour dénoncer l'offensive de Tsahal au Liban. La colère de la rue, attisée par l'augmentation du nombre de victimes civiles au pays du Cèdre, a également pris pour cible les autorités égyptiennes, jordaniennes et saoudiennes, qui ont reproché, parfois implicitement, au Hezbollah d'avoir déclenché les hostilités en capturant deux soldats israéliens le 12 juillet.
Chose rare, des manifestations ont même éclaté au sein de la paisible communauté chiite d'Arabie saoudite, où les protestataires se sont toutefois bien gardé de critiquer la famille régnante du royaume wahhabite. Jeudi, dans la région saoudienne d'Al-Qatif, des centaines de manifestants chiites ont brandi des affiches du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, scandant: "O Nasrallah, notre bien-aimé, détruis Tel Aviv!"
Au Caire, des manifestations quotidiennes ont dénoncé l'attitude du président égyptien Hosni Moubarak, accusé de ne pas soutenir le Hezbollah. Dimanche, des manifestants ont brandi un portrait de Moubarak représenté avec une étoile de David sur le front, le qualifiant d'"ennemi du peuple égyptien".
Nasrallah, un religieux chiite, est célébré comme un héros même parmi les sunnites laïcs en Jordanie et en Egypte, où la presse le compare au défunt président égyptien Gamal Abdel Nasser, champion du nationalisme arabe face à Israël. "Nasser 1956, Nasrallah 2006: nous lutterons et ne nous rendrons jamais", proclamait le titre d'un quotidien dirigé par le parti nassériste, faisant référence à la crise du canal de Suez en 1956.
Au Koweït, plusieurs milliers de personnes ont manifesté devant l'ambassade des Etats-Unis. Des députés ont fustigé Washington mais aussi les pays arabes pour leur incapacité selon eux à tenir tête à Israël comme le fait le Hezbollah.
Le Liban vient s'ajouter à d'autres motifs de mécontentement dans la région à commencer par la situation en Irak, en proie à une explosion des violences intercommunautaires. Un millier de civils irakiens ont été tués en juillet, selon Bagdad, et près de 6.000 en mai et juin, selon un rapport de l'ONU.
Il existe également des griefs de nature économique. Fin juillet, le gouvernement égyptien a réduit des subventions sur l'essence, dont le prix à la pompe a bondi de 30%. Le prix des déplacements en métro au Caire a également augmenté. "Le régime (égyptien) a poignardé les Libanais et brûlé les Egyptiens en augmentant le prix de l'essence", pouvait-on lire dans le quotidien de l'opposition "Sawt El-Umma".
En Jordanie, la population est confrontée au renchérissement des produits de grande consommation après trois hausses consécutives du prix du carburant depuis un an.
"Qui se soucie de démocratie quand il faut se battre pour nourrir ses enfants?", demande Mustafa Qabbani, un réceptionniste d'hôtel de 35 ans. "Nous vivons dans l'inquiétude permanente pour notre avenir dans une zone de guerre", déclare de son côté Bassam Aouad, un ingénieur en bâtiment de 39 ans. AP
lma/v231/st
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