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Les droits de l'Homme en Russie? Cela "relève de la compétence du président de la République", a affirmé jeudi Vladimir Poutine à Matignon. En visite à Paris, l'ex-président devenu Premier ministre s'est officiellement consacré aux seules questions économiques, alors que la répartition des rôles sur la scène diplomatique avec son dauphin Dimitri Medvedev reste floue.
Protocole oblige, c'est aux côtés de François Fillon que M. Poutine a tenu un point de presse pour sa première visite en Europe en tant que Premier ministre... avant d'aller dîner avec le président Nicolas Sarkozy à l'Elysée.
"C'est l'économie, que gère le gouvernement", a-t-il expliqué alors qu'on l'interrogeait sur la question des droits de l'Homme. Il a toutefois jugé les accusations portées contre la Russie à ce sujet "grandement exagérées".
Et de se référer aux "difficultés" françaises en la matière: "le système pénitentiaire français est-il idéal?", a-t-il lancé. "Nous avons également" des difficultés et "nous essayons d'améliorer les choses".
Il n'a guère été contredit par son homologue français. Le Premier ministre s'est déclaré d'emblée "impressionné par l'ampleur des réformes accomplies en Russie depuis 1999" et a souhaité "une Russie forte, une Russie prospère et une Russie démocratique".
Concernant les droits de l'Homme, la France entretient un "dialogue régulier" avec les autorités russes, a-t-il affirmé. Et "il nous semble que nous sommes dans une dynamique de progrès". Pour le reste, "nous ne donnons de leçons à personne", a dit M. Fillon.
La visite de M. Poutine en France intervient alors que les Etats-membres de l'Union européenne ont approuvé lundi le lancement des négociations sur un nouvel accord de partenariat entre l'UE et la Russie, un projet qui était bloqué depuis deux ans. La France doit prendre la présidence tournante de l'Union le 1er juillet.
"Nous voulons (...) faire avancer -et pourquoi pas conclure- le partenariat stratégique entre la Russie et l'Union européenne" pendant cette présidence, a affirmé le Premier ministre français. Il a notamment plaidé pour "un volet ambitieux en matière de coopération sur l'énergie".
Car "la sécurité énergétique de l'Europe passe d'abord par des relations apaisées, plus confiantes entre l'Union européenne et la Russie", a-t-il estimé. Sur cette question, source de tensions ces dernières années, "nous voulons que (...) les relations entre l'Union européenne et la Russie se détendent, que ce soient de vraies relations confiantes sur le plan commercial et stratégique".
Vladimir Poutine a souhaité de son côté "que des entreprises européennes acquièrent de grandes parts dans le capital des entreprises productrices d'énergie en Russie". Il espère également "commencer le plus tôt possible les négociations" sur le partenariat stratégique avec l'UE.
Les deux hommes ont aussi évoqué ensemble les "grands dossiers industriels et commerciaux en cours", selon François Fillon, qui devrait retrouver M. Poutine en Russie pour le 13e séminaire franco-russe en septembre.
D'après le Premier ministre français, ils ont en particulier évoqué la "prise de participation d'une banque russe (VTB, NDLR) dans EADS".
"La structure de nos échanges commerciaux manque encore de produits de haute technologie", a déploré quant à lui M. Poutine. Il a également plaidé pour une "simplification des visas" avec l'UE.
Le Premier ministre russe a par ailleurs eu un mot pour le prédécesseur de Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, qui recevra prochainement le "prix d'Etat", une haute distinction russe. Cette récompense "souligne tout ce que M. Chirac a fait pour les relations humaines entre nos deux pays" et "j'espère bien le voir le 12 juin prochain à Moscou" pour la remise du prix, a-t-il dit.
Les deux anciens présidents devaient d'ailleurs se rencontrer vendredi matin, à l'hôtel parisien de Vladimir Poutine, pour un entretien "d'ordre privé", selon l'entourage de Jacques Chirac.
MM. Poutine et Fillon n'ont en revanche pas évoqué jeudi l'éventuelle entrée de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'OTAN, ou la hausse du prix du pétrole. Des questions que le Premier ministre français a renvoyées à Nicolas Sarkozy, qui accueillait quelques minutes plus tard son ex-homologue à l'Elysée.
Ce dîner s'est voulu discret: Nicolas Sarkozy s'est surtout attaché à souligner dans un communiqué qu'il se "réjouissait" à l'avance de rencontrer Dimitri Medvedev lors du sommet du G8 au Japon en juillet.
Signe peut-être que les Occidentaux continuent à considérer M. Poutine comme leur véritable interlocuteur en Russie, François Fillon a commis un lapsus, évoquant "la présidence... la présence de Vladimir Poutine à la tête du gouvernement russe". AP
co/cov/st/cr
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