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actu & culture


PARIS - mardi 24 juin 2008 à 16h49

Sarkozy veut durcir la politique d'immigration de l'UE



Ce sera sa "première priorité" de président de l'Union: avec son pacte européen sur l'immigration, Nicolas Sarkozy souhaite entraîner ses partenaires européens vers sa conception d'une immigration choisie. Il entend provoquer un rapprochement, dans un sens plus restrictif, de règles restées très différentes d'un pays à l'autre alors même que les frontières internes se sont ouvertes.

"La première priorité de la présidence française sera un pacte européen pour l'immigration", affirme le président français, qui portait déjà son discours très ferme en la matière au-delà des frontières nationales quand il était ministre de l'Intérieur. Depuis le rejet du traité de Lisbonne en Irlande, l'idée est aussi de démontrer que l'Europe "peut s'attaquer aux défis de la vie quotidienne".

A ses partenaires européens, la France propose de s'entendre pour harmoniser l'accueil des réfugiés et des immigrés en général, procéder à des expulsions en commun, interdire les "régularisations massives" et aussi renforcer les protections des frontières extérieures de l'Union. Quelque "475 millions de jeunes Africains qui ont moins de 17 ans" menacent de quitter un continent éloigné de l'Europe de seulement "14 kilomètres au Détroit de Gibraltar", rappelle à l'envi le président français, avec les accents alarmistes dont il use parfois.

Dans la coulisse, il a confié la promotion de son pacte à son fidèle Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration, chargé de faire le tour des vingt-six capitales avant le 1er juillet et de préparer un accord au Conseil européen d'octobre. Même si certains, comme l'Espagne de José Luis Zapatero, ont demandé des aménagements, "l'attente est immense et l'accord est aujourd'hui unanime sur les principes", assure déjà le ministre français.

Pour l'heure, l'harmonisation des normes européenne n'est qu'esquissée sur la plupart des dossiers et la réalité de l'immigration reste très différente d'un pays à l'autre. Cinq pays (France, Espagne, Italie, Grande-Bretagne et Allemagne) accueillent à eux seuls 80% des immigrants en Europe, quand certains, comme la Lituanie ou la Lettonie, doivent gérer une forte émigration. Malte, les Canaries ou le sud de l'Italie font, eux, face à l'arrivée de nombreux migrants embarqués clandestinement d'Afrique.

La mesure emblématique du pacte est l'"interdiction" des régularisations massives pour éviter les "appels d'airs". Elle renforcerait la simple obligation d'information entre les Etats qui existe aujourd'hui. Paris propose aussi de créer "une véritable police européenne aux frontières" et de poursuivre l'intégration de la biométrie sur les visas.

La France invite ses partenaires à la suivre sur la voie de l'"immigration choisie" en déterminant "les besoins et les capacités" d'accueil des étrangers et en privilégiant l'immigration de travail. Mais l'idée d'étendre le contrat d'accueil et d'intégration semble avoir du plomb dans l'aile en raison des réticences espagnoles.

Nicolas Sarkozy prône aussi l'organisation de "vols conjoints" pour procéder aux expulsions, une solution possible depuis plusieurs années mais peu utilisée. Le pacte invite aussi l'Europe a utiliser les instruments "commerciaux" pour convaincre les pays d'origine de signer des accords facilitant les expulsions.

Concernant l'asile, la France visait d'abord la définition en cinq ans d'un régime commun d'asile censé gommer les très grandes disparités liées au fait que chaque Etat applique la Convention de Genève à sa sauce: en 2004, l'Autriche a donné satisfaction à 45% des demandes déposées par des étrangers invoquant des persécutions, la France à 25% et la Grèce à seulement 0,84%. Mais sur ce point, "ça sera difficile tant les expériences et les histoires de chacun des pays sont différentes", reconnaît M. Hortefeux, qui ne parle plus que de créer "un bureau d'appui".

"Tout cela est grave et inquiétant", juge Caroline Intrand, chargée des questions européennes à la Cimade, "sous prétexte de lutter contre l'immigration présentée comme un fléau, on va assister à un nivellement par le bas de la protection des étrangers". L'association française s'inquiète particulièrement de la situation aux frontières de l'Europe où, selon les organisations non gouvernementales, plus de 10.000 migrants ont trouvé la mort ces dix dernières années. Elle pointe aussi les violations des droits de l'Homme constatées dans plusieurs pays d'Afrique du Nord.

Les règles seront "plus dures", confirme également Jean-Dominique Giuliani, président de la fondation Robert-Schuman, qui préfère mettre en avant les progrès attendues de la proposition française: "en passant sur un terrain beaucoup plus politique, on va gagner en sérieux dans le traitement de cette question qui se fait aujourd'hui dans un désordre épouvantable."

Il faudra toutefois compter sans l'apport du traité de Lisbonne qui doit faciliter les prises de décisions, les faisant passer de l'unanimité à la majorité qualifiée. AP

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