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En l'absence de Robert Denard, 78 ans, souffrant de la maladie d'Alzheimer, l'avocate générale de la cour d'appel de Paris a requis vendredi cinq ans d'emprisonnement, dont quatre ans avec sursis et mise à l'épreuve, contre le mercenaire pour une tentative de coup d'Etat aux Comores en 1995.
Son avocat, Me Elie Hatem, a ensuite plaidé la relaxe de son client, affirmant qu'il avait agi sur ordre des autorités françaises. "Mon client est un professionnel", a souligné Me Hatem. "Il ne va pas s'amuser à faire un coup d'Etat. Il a toujours travaillé sur ordre d'un commandement légitime".
L'avocate générale, Marthe Coront-Ducluzeau, a soutenu au contraire que "Bob Denard "ne peut pas prouver qu'il a agi" sur un tel ordre. Elle a invoqué un "intérêt personnel économique" du prévenu, "homme d'affaires avisé" installé durant de longues années au Comores où il avait fait de nombreuses affaires.
Elle a insisté sur le caractère "hors normes" de l'opération menée en 1995 par Bob Denard, qu'elle a qualifié de "mercenaire" qui avait déjà "défrayé la chronique en Afrique" depuis un coup d'Etat au Bénin en janvier 1977, et un précédent débarquement à Moroni en 1978.
"C'était une affaire politique, il y avait une stratégie politique. Toutes les autorités politiques étaient au courant", a insisté pour sa part Me Hatem qui avait sollicité le témoignage de l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, et a regretté que l'immunité présidentielle de Jacques Chirac n'expire que la semaine prochaine, empêchant sa venue comme témoin.
Bob Denard est jugé en appel à la demande du parquet de Paris qui a estimé en juin 2006 que sa condamnation à cinq ans de prison avec sursis simple par le tribunal correctionnel était illégale au regard de sa qualité de récidiviste.
En effet, en 1993, il avait été condamné à cinq ans avec sursis pour un coup d'Etat commis en janvier 1977 au Bénin. Or, les faits pour lesquels il a été condamné le 20 juin 2006 ont été commis moins de cinq ans après cette condamnation.
Sept prévenus, condamnés en première instance, ont fait appel uniquement des dispositions civiles du jugement. Les parties civiles ont fait également interjeté appel des dispositions civiles.
Dans la nuit du 26 au 27 septembre 1995, une trentaine de mercenaires français dirigés par Bob Denard ont débarqué aux Comores à bord de quatre canots pour renverser le président Saïd Djohar et installer Mohamed Taki et Saïd-Ali Kemal au pouvoir.
Les mercenaires ont ensuite installé un comité militaire de transition et remis le pouvoir à Taki et Kemal. Le 4 octobre, les forces françaises sont intervenues pour libérer le président Djohar. Les mercenaires se sont rendus. Mohamed Taki a finalement été élu président de la République le 16 mars 1996.
Lors de l'enquête, Bob Denard avait expliqué qu'il était impliqué aux Comores depuis 1977 -où il avait notamment participé avec les services français à l'installation au pouvoir d'Ahmed Abdallah- et avait agi par "engagement moral" vis-à-vis des Comoriens victimes d'élections truquées et de détournements de fonds de la famille Djohar.
L'arrêt doit être mis en délibéré à la fin de l'audience. AP
der/mw
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