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C'est un exercice obligé pour tout nouveau Premier ministre, en vertu de l'article 49-1 de la Constitution: moment-clé de la législature, la déclaration de politique générale permet à l'hôte de Matignon de détailler ses projets et leur calendrier en posant la question de confiance, mais aussi d'imprimer sa "griffe".
Depuis le début de la Ve République, les Premiers ministres ont engagé leur responsabilité une trentaine de fois devant l'Assemblée au titre de l'article 49-1 de la Constitution sur leur discours de politique générale ou sur une réforme spécifique (la réforme de la "Sécu" pour Alain Juppé en 1995, par exemple). C'est le socialiste Pierre Mauroy (1981-84) qui détient le record avec cinq grands oraux, suivi par Jacques Chirac, qui a prononcé quatre discours de politique générale en deux passages à Matignon (1974-76 et 1986-88).
Passage obligé, le discours de politique générale est aussi un exercice de style où chaque homme imprime sa "griffe". Le 8 juin 2005, Dominique de Villepin avait présenté un "plan d'urgence" pour "gagner la bataille de l'emploi" dans un discours volontariste, dix jours après le "non" à la Constitution européenne. Seule l'UMP lui avait accordé la confiance, votée par 363 voix contre 178.
Le 3 juillet 2002, les députés découvrent le style Jean-Pierre Raffarin. Inconnu du grand public, il y prononce son célèbre "notre route est droite, mais la pente est forte" et en appelle à "un nouvel humanisme". Un discours d'une heure et vingt minutes qui avait donné lieu à un incident lorsqu'un homme avait tenté de l'approcher dans l'hémicycle pour lui tendre une coupe.
Avant lui, Jacques Chaban-Delmas (1969-72) avait fait date en brossant dans son discours de politique générale du 16 septembre 1969 les contours d'une "nouvelle société". On se souvient aussi de Lionel Jospin qui, bombardé à Matignon après la dissolution, s'était engagé le 19 juin 1997 à conclure un "pacte républicain", "de développement et de solidarité" avec les Français. Il avait annoncé la mise en route des 35 heures et la parité en politique.
Le 23 mai 1995, Alain Juppé avait décrété la "mobilisation générale contre le chômage". Dans un même registre, Edouard Balladur avait promis le 8 avril 1993 de donner "un nouvel élan à notre Nation". "Comment la France inquiète peut-elle devenir une France confiante et rassemblée dans l'effort? (...) Seule une politique de réforme le lui permettra", avait-il lancé devant un hémicycle à 85% à droite.
L'exercice peut aussi s'avérer périlleux. Nommé à Matignon onze mois avant la débâcle de la gauche aux législatives de 1993, Pierre Bérégovoy avait provoqué un tollé à droite en prononçant le 8 avril 1992 une charge contre la corruption. "J'ai ici une liste de personnalités dont je pourrais éventuellement vous parler", avait-il menacé sous les huées. Le 22 mai 1991, Edith Cresson, première femme Premier ministre, s'était fait chahuter.
Enfin, il arrive que la confiance soit votée de justesse. Le 9 avril 1986, le discours de politique générale de Jacques Chirac n'avait été approuvé qu'avec sept voix d'avance... AP
sch-egp/div/cr
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