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Chaque jour, des immigrés comoriens abordent clandestinement les côtes de Mayotte et, chaque jour, les forces de l'ordre en arrêtent et en expulsent d'autres. Sur ce petit territoire français de l'océan Indien d'à peine 200.000 habitants, un tiers n'auraient pas de papiers et la lutte contre l'immigration clandestine prend des proportions presque industrielles.
Selon la préfecture de Mamoudzou, 95% des étrangers installés sur l'île sont comoriens. La plupart sont arrivés dans un "kwassa-kwassa", une de ces barques à moteur qui font quotidiennement la navette entre Anjouan, l'île de l'Union des Comores la plus proche et Mayotte. Cette dernière, qui fait partie du même archipel, est la seule à avoir choisi de rester française en 1975, quand le reste des Comores a opté pour l'indépendance.
En 1995, la France a imposé un visa aux Comoriens qui circulaient jusque là sans limitation, et qui se sentent souvent chez eux à Mayotte où beaucoup ont de la famille. Le document est "presque impossible à obtenir" pour les Comoriens, affirme Corneille Mandja, ancien président-fondateur de la Ligue des droits de l'Homme de Mayotte.
Du coup, les traversées se font clandestinement. Ou du moins l'arrivée, puisqu'à Anjouan, les "agences" des passeurs ont pignon sur rue. Le trajet de 70km ne prend qu'une demi-journée et coûte de 150 à 200 euros, explique Mélanie Portmann, militante associative à sur l'île.
Trop souvent, ces barques sont surchargées et le passage n'est pas sans risque. "Les naufrages des kwassa-kwassa sont réguliers", affirme Kamel Adjemout, référent à Mayotte du Réseau éducation sans frontière (RESF). "Les passagers risquent à chaque fois la mort. On sait qu'il y a des femmes enceintes à bord, que des bébés sont parfois jetés à l'eau pendant le voyage de peur de se faire repérer par la police".
Depuis mars 2005, les secours de Mayotte sont venus en aide à neuf "kwassa-kwassa" en difficulté, selon la préfecture, qui fait état de 32 décès et de 135 disparitions. Le naufrage de lundi, qui a fait 17 morts et 17 disparus, est le plus grave enregistré. Mais ces données ne recensent pas les accidents survenus loin des côtes. "Le véritable bilan est impossible à établir", assure Mélanie Portmann.
Les Comoriens "viennent pour des raisons économiques ou de santé, en se disant qu'ils ont peut-être une chance de s'en sortir ici", détaille M. Adjemout. Certains sont aussi attirés par les écoles ou l'espoir que leurs enfants obtiennent la nationalité française. "La maternité de Mamoudzou affiche le plus fort taux de natalité de France et les trois quarts des enfants qui y naissent sont Comoriens", rappelle le militant de RESF.
Une fois sur place, les immigrés survivent par leurs propres moyens ou grâce à la solidarité de leur communauté, décrit M. Mandja. "Mais ils restent sur le qui-vive en permanence" par crainte des contrôles d'identité.
"Les contrôles et les opérations de lutte contre l'immigration clandestine (sont) menées quotidiennement", confirme la préfecture, chargée de traduire dans les faits les objectifs chiffrés fixés par Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l'Intérieur. En 2006, 13.253 personnes ont ainsi été expulsées de Mayotte, contre 24.000 en métropole.
Les militants contestent vivement les conditions de ces expulsions. Aucune association n'est habilitée à entrer dans le seul centre de rétention de l'île, d'une capacité officielle de 60 places, mais les personnes contactées estiment qu'il accueille en permanence au moins 100 personnes, dans des conditions dégradées.
"Beaucoup de droits sont bafoués", accuse Corneille Mandja. Au printemps dernier, des troubles à Anjouan ont obligé la préfecture à demander au juge le prolongement de la rétention des sans-papiers arrêtés. "70% des gens ont été libérés" parce que leur arrestation ou leur expulsion n'était pas légale, se souvient Mme Portmann.
De toute façon, dit-elle, beaucoup de ceux qui s'embarquent sur les "kwassa-kwassa" sont "des gens qui se sont fait expulser alors que leur vie est à Mayotte. Alors ils rentrent chez eux". AP
lp/xnau1/pyr/mw
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