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Après les témoignages décevants des six membres du commando Erignac, qui ont fait le service minimum pour disculper Yvan Colonna, la défense du berger corse a joué son dernier joker mardi après-midi en demandant l'organisation d'un transport de la cour d'assises sur les lieux de l'assassinat du préfet de Corse.
Le président Dominique Coujard, qui prendra seul la décision en vertu de son pouvoir discrétionnaire, a demandé aux avocats d'Yvan Colonna de formuler une demande écrite et d'étayer les "éléments nouveaux" qu'elle a évoqués à l'appui de l'acte. Il devrait prendre sa décision ce mardi soir ou mercredi matin.
"Nous allons d'abord vous demander de sortir de cette salle d'audience pour chercher ailleurs la vérité", a déclaré Me Philippe Dehapiot, alors que le dernier des six condamnés de cette affaire, Marcel Istria, venait de terminer sa déposition.
La défense d'Yvan Colonna estime que les "éléments nouveaux apparus au cours du procès" et "l'instruction incomplète dans ses fondements et dans sa logique" justifiaient cette demande. Pour Me Pascal Garbarini, cette "demande n'est pas un scoop" puisque la défense a sollicité la mesure au cours de l'enquête "à de multiples reprises".
Pour Me Benoît Chabert, la défense "tend un piège à la cour". "Si vous refusez, on criera: 'insulte aux droits de la défense'. Si vous acceptez, on dira: 'vous voyez, il y a des doutes'", s'est insurgé cet avocat de partie civile.
"Qu'est-ce que cela va apporter?", s'est aussi interrogé Me Philippe Lemaire, l'avocat de la famille Erignac, rappelant que les débats allaient se clore vendredi. "Mais si vous décidez de partir à Ajaccio, ça ne nous gêne pas", a-t-il assuré au président.
L'avocat général, Christophe Tessier, a également requis le rejet de la demande, estimant qu'on "ne peut concevoir" ce type de mesure "que si on peut entrevoir un bénéfice ou un éclairage nouveau".
Si M. Coujard fait droit à la demande, il faudrait procéder à un voyage à Ajaccio en présence de toutes les parties, y compris Yvan Colonna. "Des modalités de transport difficiles à réaliser", a reconnu Me Dehapiot. "Mais ce n'est pas le problème de la défense".
Yvan Colonna s'était offusqué dans la matinée de l'attitude des membres déjà condamnés du commando Erignac venus le disculper sans conviction. Il les a accusés de vouloir "protéger quelqu'un d'autre".
"Leur attitude, je ne la comprends pas", a déclaré l'accusé qui a pris la parole en début d'audience. "Ils ne veulent pas s'expliquer sur le nombre. J'ai le sentiment qu'ils ont fait le choix de prendre le risque de me faire condamner à perpétuité, bien que je sois innocent, pour protéger quelqu'un d'autre ou quelques autres".
Alain Ferrandi, Pierre Alessandri, Didier Maranelli et Joseph Versini, tous condamnés en 2003 pour avoir appartenu au groupe qui a revendiqué l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella en septembre 1997, puis l'assassinat du préfet Erignac en février 1998, sont en effet venus vendredi dernier et lundi pour disculper une nouvelle fois Yvan Colonna, accusé d'avoir été le tireur.
"J'ai peut-être une responsabilité, j'ai pris la fuite, ça je l'assume", a ajouté Yvan Colonna. Avant de se plaindre de l'attitude du commando: "Ils sont venus dire que j'y étais pour rien, mais moi aussi ça ne me convainc pas". AP
der/mw
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