Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|
Qu'est-il exactement arrivé à Hugues de La Plaza, ce Franco-américain retrouvé mort, baignant dans son sang, dans son appartement à San Francisco? Suicide, selon la police américaine. Pas si sûr, répondent sa famille et les autorités françaises, qui ont récemment dépêché une équipe d'enquêteurs sur place pour tenter d'élucider l'affaire.
Tout commence en juin 2007, lorsque Hugues de La Plaza, 36 ans, est retrouvé mort dans son appartement, un ordinateur portable ouvert sur la table de salon et un verre de vin cassé à proximité. L'ingénieur du son porte des traces de coups de couteau au cou, à la poitrine et à l'estomac, tandis que des touffes de cheveux ont été retrouvées dans sa main gauche. On n'a découvert aucune arme tachée de sang, ni de lettre de suicide. Il y a en revanche des traces de sang partant de la cuisine et se poursuivant dans le salon jusqu'à la porte d'entrée.
Rien ne manque dans l'appartement et les images d'une caméra de surveillance montrent De La Plaza rentrant seul à son domicile, dont les portes sont fermées à clé. Du sang est également retrouvé sur la poignée extérieure de la porte et le porche de la résidence.
La police de San Francisco conclut pourtant à un suicide. Sa théorie: De La Plaza a pris de la drogue, s'est poignardé, avant de nettoyer ou de se débarrasser du couteau, et de mourir. L'autopsie a révélé l'absence de stupéfiants dans le corps de la victime et un taux d'alcoolémie tout juste supérieur à la limite légale. Le rapport du médecin légiste estime toutefois que les blessures "peuvent correspondre à des coups de couteaux auto-infligés".
Absurde, répondent les amis et parents de la victime qui travaillait chez Leapfrog, un fabriquant de jouets éducatifs. Pour François et Mireille de La Plaza, joints à Brignogan-Plages (Finistère), la police, "par de manque de motivation et/ou de moyens", s'est désintéressée de la mort de leur fils.
Après plusieurs demandes, ils ont finalement convaincu la police française d'envoyer des enquêteurs sur place pour mener leurs propres investigations et réaliser leurs propres analyses. Un fait rare. Le ministère français de l'Intérieur n'a pas souhaité en dire plus.
"C'est notre carte maîtresse", a reconnu François de la Plaza, dans un entretien par téléphone avec l'Associated Press. "Une téléconférence entre policiers français et américains s'est bien passée et les informations circulent", a-t-il expliqué. "Dès qu'il y a des éléments nouveaux, nous allons sur place".
Parallèlement, le couple De la Plaza s'est porté partie civile auprès du tribunal de grande instance de Paris en juillet 2007, et la juge d'instruction Brigitte Jolivet a été désignée le 18 décembre dernier. Les enquêteurs ont commencé à travailler et la juge a fait une demande d'entraide auprès des Etats-Unis, a-t-on appris de source judiciaire.
L'incrédulité des parents est partagée par les amis d'Hugues. Mark Bartscher se trouvait avec la victime et quelques amis dans une discothèque, quelques heures avant le drame. Ils fêtaient la promotion que venait d'obtenir ce Français qui avait par ailleurs décroché un passeport américain après dix ans de résidence dans le pays.
Mark a reçu un appel téléphonique de son ami, éméché, vers 2h du matin, au cours duquel les deux amis avaient convenu d'aller au cinéma ensemble le lendemain. Hugues de La Plaza ne semblait pas au bord du suicide à ce moment-là, assure-t-il. "Il avait effectivement l'air ivre, mais absolument pas déprimé", affirme-t-il. "Après tout, il prévoyait d'aller au cinéma le lendemain".
Ses amis expliquent également qu'Hugues fréquentait régulièrement des femmes rencontrées sur Internet et que d'éventuels indices sur sa mort pourraient donc être retrouvés dans son ordinateur.
Selon son ancienne petite amie, Melissa Nix, les autorités françaises ont financé des analyses de l'ordinateur et du téléphone de la victime qui montrent qu'il s'est connecté à 2h38 et que le cordon d'alimentation a été arraché de l'ordinateur. De plus, ajoute-t-elle, Hugues de La Plaza ne supportait pas trop la vue du sang et aurait certainement choisi un autre moyen s'il avait dû se suicider.
Melissa a porté plainte contre la police san-franciscaine pour tenter de faire avancer l'enquête, a précisé François de la Plaza.
La brigade criminelle de San Francisco "tente de faire passer ça pour un suicide tout en maintenant, de façon trompeuse à mon sens, qu'elle mène l'enquête comme pour un homicide. J'ai perdu toute confiance dans la brigade criminelle", déclare-t-elle, précisant que la police n'est plus venue la voir depuis plusieurs mois.
L'été dernier, la famille De La Plaza a engagé un détective privé, John Murphy, pour y voir plus clair. Selon lui, il ne fait aucun doute qu'Hugues de La Plaza a été tué, et s'il ne fallait retenir qu'un élément discréditant la thèse du suicide, c'est le couple de voisins de la victime qui affirme avoir entendu des bruits de porte à trois reprises après le retour chez lui de la victime et des pas dans le couloir extérieur menant à la porte arrière de son appartement. La police n'a jamais interrogé ce couple.
Les enquêteurs chargés de l'affaire ont refusé toute interview. Un porte-parole, le sergent Neville Gittens, a simplement affirmé que la police coopérait avec les autorités françaises. "L'opinion à la criminelle, c'est que nous n'avons rien à cacher. S'ils veulent envoyer quelqu'un, qu'ils envoient quelqu'un", déclare-t-il. "Ils ne vont pas faire mieux que nous parce qu'ils viennent d'un autre pays". AP
Sur le Net: http://www.huguesdelaplaza.blogspot.com
jp-ljg/v0/ir/mw
Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|