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actu & culture


ROUEN - mardi 24 octobre 2006 à 19h52

Euthanasie: une peine de principe pour Léonie Crevel



C'est une peine de principe que la cour d'assises de Seine-Maritime a décidé d'infliger mardi à Léonie Crevel, 80 ans, accusée d'avoir mis fin aux jours de sa fille handicapée en juillet 2004 à Tancarville, près du Havre. l'octogénaire a écopé de deux ans de prison avec sursis, alors que l'avocat général avait requis cinq ans de prison avec sursis.

"Je suis soulagée", a commenté la vieille dame à l'issue de l'audience, avant de fondre en larmes dans les bras de son avocat Me Jean-François Titus.

"J'avais promis à Mme Crevel qu'elle entrerait libre à la cour d'assises et qu'elle en ressortirait libre", a-t-il aussitôt dit. "Je suis convaincu que la décision qui a été prise est une décision juste, une décision de principe, mais une décision qui masque toujours l'hypocrisie de notre société". Et l'avocat de conclure: "Il fallait une peine de principe, il fallait obligatoirement qu'elle soit sanctionnée. Mais on a tenu compte des arguments, de sa situation personnelle, de son vécu, et encore une fois nous avons le triomphe du droit et de la justice".

Le verdict est intervenu après plus de deux heures et demi de délibéré, la cour reconnaissant Léonie Crevel coupable du meurtre de sa fille qui était particulièrement vulnérable. En début d'après-midi et au cours de son réquisitoire, l'avocat général, Delphine Miennel, se tournant vers les jurés, avait lancé: "Les faits que vous aurez à juger ne sont pas simples puisqu'il s'agit d'un meurtre". "Cette affaire est difficile à juger car, humainement, on est amené à avoir une certaine compassion pour l'accusée".

"A défaut de préméditation, il y a une grande détermination dans l'acte de Léonie Crevel. Mais il n'y a pas d'euthanasie. (Sa fille) Florence était titulaire du droit à la vie, même si elle était lourdement handicapée", a ensuite souligné l'avocat général. "Florence n'a jamais demandé à ce que ces souffrances soient abrégées".

"Par conséquent, Léonie Crevel, même si elle s'occupait de sa fille, n'avait aucune légitimité à lui retirer le droit à la vie", a ajouté Delphine Miennel avant de conclure: "Ces faits sont une violation à la législation. A défaut, toute personne dans la situation de Florence Crevel serait en danger. C'est pourquoi je vous demande de reconnaître coupable Léonie Crevel".

Dans la matinée, médecins et experts avaient expliqué à la cour que Léonie Crevel s'était toujours occupée de sa fille de manière irréprochable et "qu'elle avait du mal à se remettre de sa bêtise. Son acte n'était pas prémédité, mais il était la conséquence d'une décision soudaine", dira Jean-Jacques Lefèvre, psychologue. "Elle a agi pour le bien de sa fille. Pour elle, c'était un acte d'amour puisque sa fille est maintenant tranquille".

De son coté, Me Titus avait plaidé l'acquittement, estimant que sa cliente "n'est ni une criminelle, ni une meurtrière, mais une femme, une maman qui a sauvé sa fille d'une déchéance certaine et sans issue". AP

vei/cre/lat/mw