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"Pas de CPE de gauche" ou de "CPE new look": devant les critiques qui se sont multipliées sur son "contrat première chance", gratuit pendant un an pour les très petites entreprises qui recrutent des jeunes sans qualification, Ségolène Royal a rectifié le tir jeudi en laissant entendre que ce contrat aidé comprendrait une "phase transitoire" de "trois mois" qui déboucherait soit sur une embauche, soit un contrat d'apprentissage, soit un contrat de professionnalisation.
"L'idée, c'est qu'il y ait une phase transitoire", a expliqué la candidate socialiste sur iTélé, laissant entendre que cette phase serait de "trois mois" et non d'un an. Le jeune entrerait dans l'entreprise "avec un tutorat d'accompagnement" puis, "au bout de trois mois", il serait soit "intégré dans un contrat d'apprentissage", soit pris "en contrat de professionnalisation", soit embauché s'il est "immédiatement efficace", a-t-elle précisé, s'appuyant ce faisant sur des dispositifs déjà existants.
Alors que le nom de ce "contrat première chance" a été vivement critiqué, en raison de sa proximité avec le "contrat première embauche" (CPE) retiré il y a un an, Ségolène Royal a maintenu cette appellation lors de son meeting à Bordeaux jeudi soir.
Dévoilé la semaine passée par la candidate socialiste, le "contrat première chance" est un contrat aidé, destiné aux 190.000 jeunes qui sortent chaque année sans qualification du système scolaire. Leur salaire et les charges seraient intégralement couverts pendant un an par l'Etat s'ils sont recrutés dans de très petites entreprises de moins de dix salariés, dont des commerçants et artisans, secteur où 500.000 emplois ne sont pas pourvus. Il s'appliquerait dès le mois de juin.
"Pas de CPE de gauche!", a averti jeudi Marie-George Buffet. "C'est une proposition dangereuse qui rappelle malheureusement la logique du CPE", a dénoncé la candidate de "la gauche populaire et antilibérale". Les jeunes "refusent la précarité, le travail au rabais, et plus encore l'idée que leur travail ne mériterait même pas que les entreprises leur versent un salaire".
"La jeunesse n'est pas une maladie qui demande un traitement particulier" et le chômage "demande une thérapie de choc dont ne relève nullement ce CPE bis", a sermonné José Bové. "Au-delà du fait qu'il est extrêmement choquant de faire assumer par l'Etat la rémunération des salariés du privé, ce CPE Royal constitue le parfait échappatoire pour éviter les embauches en CDI", a déploré le candidat antilibéral.
"Je suis radicalement hostile à un CPE new-look. Le contrat de travail pour les jeunes doit être le CDI dès la première embauche", a également fustigé le candidat de la LCR Olivier Besancenot. C'est "tout bénéfice pour les patrons. Avec cette mesure, Ségolène Royal marche sur les traces de François Bayrou", qui propose que les deux premiers emplois créés par une entreprise soient exonérés en totalité de charges sociales, a-t-il estimé.
Mercredi, le président de l'UNEF Bruno Julliard avait fait part de son "inquiétude" sur ce "énième contrat destiné aux jeunes". L'ancien leader de la fronde anti-CPE demandait des précisions sur la période d'essai. Si elle est d'un an, ce n'est "pas acceptable", avait-il averti. Il redoutait également un "effet d'aubaine", ce contrat aidé ne prévoyant pas en l'état de dispositif contraignant pour obliger l'employeur à embaucher le jeune en CDI après un an. Le leader étudiant s'est entretenu mercredi soir avec la sociologue Dominique Meda, que Ségolène Royal a chargé d'un rapport pour préciser le contenu du "CPC".
A droite, le député UMP sarkozyste Laurent Wauquiez a sans surprise dénoncé jeudi "une véritable provocation contre la jeunesse". Cette proposition est "injuste et choquante", a-t-il jugé, voyant dans ce contrat un "nouvel emballage pour le CPE" qui coûterait selon lui "18 milliards d'euros sur cinq ans".
Les porte-parole de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati et Xavier Bertrand, ont accusé Ségolène Royal de faire "volte-face" sur ce contrat. "La candidate vient de donner une nouvelle illustration de son incapacité à proposer des réponses claires et cohérentes aux problèmes de la France en général et de la jeunesse en particulier".
"Il est inimaginable qu'à un peu plus de deux semaines du premier tour, Mme Royal ne puisse pas faire une proposition sur un sujet sérieux sans revenir en arrière quelques jours plus tard", dénoncent les deux porte-parole dans un communiqué. "L'exercice des plus hautes responsabilités du pays s'accommode mal de la valse-hésitation et de l'improvisation permanentes". AP
gon/sch/div/cr/ir
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