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Ils sont restés debout pendant des siècles, résistant aux séismes, aux incendies et aux pillages. Mais aujourd'hui, le réchauffement de la planète fait peser une nouvelle menace sur les grands monuments européens, selon une étude financée notamment par l'Union européenne.
Dans le nord du Vieux continent, les pluies accrues risquent d'accentuer l'érosion des vieilles pierres, tandis que la montée des températures dans l'Europe centrale et méridionale pourrait réduire à l'état de poussière des monuments millénaires.
Depuis longtemps déjà, les experts mettent en garde contre les conséquences d'une montée du niveau des océans liée au changement climatique sur des trésors comme Venise ou des sites dans des régions inondables. Mais la nouvelle étude, fruit de trois ans de travaux, n'a pas seulement examiné les catastrophes naturelles, tempêtes, glissements de terrain ou inondations.
Elle a aussi pris en compte la lente érosion liée aux modifications climatiques qui risque de frapper l'héritage architectural de l'Europe, explique Cristina Sabbioni, du Conseil national de recherche italien, qui a coordonné l'étude. "Il fallait que nous mettions ce problème sur la table car, jusqu'à présent, il a été ignoré par les politiques".
Pendant trois ans, des climatologues, des chimistes, des géologues et des biologistes ont étudié l'impact des modifications climatiques attendues sur le marbre, le calcaire, le bois et autres matériaux utilisés pour bâtir les monuments anciens. Ils ont réalisé des projections jusqu'en 2099.
Les chercheurs du projet "Noah's Ark" (arche de Noé) n'ont pas étudié des monuments spécifiques mais réalisé un "Atlas de la vulnérabilité" en Europe, dont les cartes indiquent les zones qui verront augmenter, ou diminuer, les différents facteurs de risque pour les monuments.
Selon l'étude, les étés plus secs en Grande-Bretagne, en France, dans le nord de l'Espagne et des pays du centre de l'Europe vont accroître les dépôts salins sur les monuments. C'est particulièrement dangereux pour les cathédrales gothiques, dont les dentelles de pierre poreuse absorbent le sel marin. "Si le sel se dépose en surface, le dommage est esthétique et c'est un problème dramatique pour les fresques", explique Mme Sabbioni. "Mais s'il est absorbé, nous avons une fissure interne".
La diminution des précipitations en Europe méridionale va contraindre les autorités à dépenser davantage pour nettoyer les monuments noircis par la pollution. Dans le Nord, les pluies plus abondantes vont accentuer l'érosion de nombres de monuments.
Les monuments construits à partir de marbre et de calcaire comme le Colisée à Rome ou le Parthénon à Athènes vont aussi souffrir des fluctuations importantes des températures, entraînant fissures et cassures. Le centre de l'Europe, le sud de l'Espagne et la Grèce seront les plus touchés à cause de la sécheresse plus forte du climat et de la montée des températures, selon l'étude.
Même des monuments plus récents comme la Tour Eiffel à Paris, achevée en 1889, risquent d'être malmenés par le climat plus doux et la pollution qui accentueront la corrosion des métaux dans le nord de l'Europe.
Avec le réchauffement de la planète, des problèmes déjà connus risquent de devenir plus intenses et de toucher des zones jusqu'ici épargnées. Mais tous les effets du changement climatique ne seront pas forcément négatifs: la corrosion du verre risque de diminuer en Europe et une moindre humidité profitera aux briques des monuments historiques.
Reste que les chercheurs ont travaillé sur un scénario "modérément optimiste" parmi les différents modèles de prévision établis par le GIEC (Groupe d'experts international sur le climat), créé par les Nations unies.
L'étude propose des recommandations pour atténuer les effets du changement climatique sur les monuments, sans fournir d'estimation du coût du réchauffement sur la conservation du patrimoine architectural. Mais à terme, l'Europe devra peut-être se résoudre à perdre certains de ses trésors. "Il faudra établir des priorités", selon Mme Sabbioni. "On ne peut pas espérer que tout va durer éternellement". AP
sb/v0303/mw
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