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A six mois de la présidentielle en Russie, les grandes manoeuvres ont débuté au Kremlin. Au lendemain de sa nomination-surprise par Vladimir Poutine, le nouveau Premier ministre Viktor Zoubkov a clairement avancé jeudi l'éventualité de sa candidature à cette élection où son mentor n'a pas le droit de se représenter.
Les "kremlinologues" s'efforçaient de décrypter les intentions de Vladimir Poutine avec la nomination au poste de Premier ministre de cet homme de confiance, de 11 ans son aîné, fidèle d'entre les fidèles, mais quasiment inconnu du grand public russe, qui remplace un autre technocrate, Mikhaïl Fradkov, en place depuis mars 2004.
Le maître du Kremlin a pris tout le monde par surprise en choisissant de ne pas nommer à ce poste l'un des deux favoris à sa succession, Sergueï Ivanov et Dmitri Medvedev, ce qui aurait eu pour effet de présenter l'un ou l'autre comme son dauphin pour le scrutin présidentiel de mars 2008 et de lui conférer un avantage certain face à ses rivaux.
Etant donné son âge (66 ans samedi) et son absence de notoriété, il est peu probable que Viktor Zoubkov endosse ce rôle de dauphin aux yeux de Vladimir Poutine ou alors, estiment les observateurs, pour assurer une sorte d'intérim à la tête du Kremlin, le temps pour son mentor de pouvoir se représenter en 2012 -ou même avant-, ce qu'il n'a jamais exclu.
Car, après deux mandats présidentiels, le jeune Poutine -55 ans le mois prochain- n'est pas autorisé, au terme de la Constitution russe, à en briguer un troisième dans la foulée. En nommant un homme de l'ombre sûr de ne pas lui en faire, le chef du Kremlin affiche son intention de conserver une influence et un contrôle certains sur le pays pendant le processus de succession et au-delà, analysent certains observateurs.
Les premières déclarations de Zoubkov vont dans ce sens. Interrogé par les journalistes pour savoir s'il comptait se présenter à la présidentielle en mars prochain, le Premier ministre désigné a répondu: "si j'accomplis quelque chose à ce poste, je n'exclus pas ce scénario".
Zoubkov s'exprimait dans les couloirs de la Douma (chambre basse du Parlement) où il est venu jeudi s'assurer du soutien d'une majorité de députés avant le vote de confirmation prévu vendredi. A lui seul, le groupe Russie unie, parti de Poutine dispose de la majorité absolue. Des élections législatives sont également prévues en décembre prochain.
Mais la nomination de Zoubkov peut également être une solution d'attente pour Vladimir Poutine car elle lui évite d'avoir à abattre ses cartes trop tôt.
"Zoubkov a 65 ans. S'il devient le successeur de Poutine, ce sera probablement pour un seul mandat. Puis, Poutine dira: 'je suis prêt à revenir'", a prédit un député communiste, Viktor Ilioukhine, à la radio "Echo de Moscou".
D'ici là, au poste de Premier ministre, Zoubkov sera à coup sûr un bon petit soldat, prêt à remplir tout rôle que lui aura réservé son patron, avec qui il collabore depuis le début des années 90.
Cette caractéristique plutôt terne du nouveau chef de gouvernement n'a évidemment pas échappé aux détracteurs de Poutine. "Ce n'est pas une question de personnalités", a expliqué Andrei Illarionov, ancien conseiller économique présidentiel qui a claqué la porte fin 2005 en désaccord avec la politique du Kremlin. "C'est l'organisation qui compte. Que ce soit Fradkov, Zoubkov ou tout autre -kov, -ov ou -ev, cela n'a pas d'importance"... AP
sop/V/nc
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