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actu & culture


GRANTS PASS, Oregon - vendredi 09 novembre 2007 à 12h00

Inquiétude autour du sort des bourdons



En plein tumulte autour du réchauffement climatique et de la disparition mystérieuse de colonies entières d'abeilles, des scientifiques commencent à s'inquiéter du sort d'un autre insecte: le bourdon.

Robbin Thorp, professeur d'entomologie à l'Université de Californie à Davis, ne parvient plus à dénicher une espèce de bourdon qui était encore abondante il y a cinq ans dans le nord-ouest de la Californie et le sud-ouest de l'Oregon. L'an dernier, il avait repéré une ouvrière solitaire sur une piste des montagnes Siskiyou. Il n'en a localisé aucune cette année.

Ce spécialiste des insectes craint que l'espèce en question, le bourdon de Franklin, ne disparaisse avant même que son inscription sur la liste des espèces menacées ne soit proposée. Pire, deux autres catégories de bourdons plus communes, l'une sur la côte Est et l'autre sur la côte Ouest, se font de plus en plus rares.

Pour l'instant, le sort des bourdons n'inquiète que les scientifiques. Mais, préviennent agriculteurs et entomologistes, leur disparition aurait des conséquences importantes. Car elle s'ajouterait à la situation critique des abeilles, qui s'activent à différents moments et sur différentes cultures.

Environ 15% des cultures américaines sont pollinisées par les bourdons, pour une valeur de trois milliards de dollars (2,12 milliards d'euros). Le phénomène concerne notamment les cultures sous serre, comme les tomates, les poivrons et les fraises.

Selon une récente étude de l'Académie nationale des sciences sur le statut des pollinisateurs dans le monde, il y aurait plusieurs responsables au déclin de l'espèce: la destruction de leurs habitats en plein développement urbain, l'agriculture intensive, les pesticides, la pollution ou encore les maladies issues des serres qui utilisent des ruches commerciales de bourdons.

"Nous avons été naïfs", constate Neal Williams, professeur assistant de biologie au Bryn Mawr College, en Pennsylvanie. "Nous n'avons pas été prévoyants comme nous aurions dû l'être". Mais "nous sommes suffisamment intelligents pour régler ça", assure Laurie Adams, directrice de Pollinator Partnership. "Il y a de l'espoir".

Au Congrès, les amoureux des bourdons font pression pour que des fonds plus importants soient alloués à la recherche et à la mise en place d'incitations pour que les agriculteurs laissent des terres en jachère préservant leur habitat. Ils veulent également encourager la culture de plantes à fleurs, dont raffolent les abeilles.

Au début des années 1990, des entreprises européennes, israéliennes et canadiennes ont adapté les bourdons à un usage commercial. Et ils sont désormais utilisés dans les serres où l'on cultive des tomates et des poivrons.

Avec le recul du nombre d'abeilles, la demande augmente, notamment dans les cultures de myrtilles, airelles, pastèques, courges et framboises, observe Holly Burroughs, directrice générale de la production pour la branche américaine de Koppert Biological Systems, une entreprise néerlandaise qui vend la plupart des bourdons d'élevage utilisés aux Etats-Unis.

Parmi ses clients figure Tony Davis, agriculteur à Grants Pass, dans l'Oregon. Il a longtemps dépendu des bourdons sauvages pour féconder les courges, concombres, tomates et aubergines qu'il fait pousser en plein champ pour les vendre sur des marchés de producteurs. Cette année, il a commencé à cultiver des fraises sous serre et a fait appel aux services de Koppert. "Sans bourdons, je n'aurais plus de travail. Je ne pense pas que je pourrais polliniser toutes ces plantes à la main", note-t-il.

Les scientifiques, qui cherchent à découvrir les raisons du déclin des abeilles, ont récemment découvert un virus jusqu'alors inconnu. Mais les mites parasites, les pesticides et la malnutrition restent des causes possibles de leur recul.

Contrairement aux abeilles, venues en Amérique du Nord avec les colons européens au XVIIe siècle, les bourdons ont vu le jour en Amérique. Ils recueillent le pollen et le nectar des fleurs pour nourrir leur progéniture, mais produisent très peu de miel. AP

ir/v0/mw




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