Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|
Les hippopotames se faufilent dans les herbes hautes en laissant de larges empreintes dans la boue en quittant l'île d'Opekoloe, sur le Nil blanc, pour une autre île de cette région du sud du Soudan. Peu de choses peuvent les faire bouger, si ce n'est un autre mammifère encore plus impressionnant: l'éléphant. Un troupeau de 50 animaux est arrivé pour paître tranquillement sur un territoire chèrement reconquis sur l'île d'Opekoloe.
"A tous ceux qui pensaient qu'ils avaient disparu pour toujours, c'est magique", souligne le colonel Charles Joseph, gardien du parc national de Nimule, près de la frontière avec l'Ouganda, contenant difficilement son excitation alors qu'il patauge dans l'eau et les roseaux pour approcher les éléphants.
La guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan, qui a déchiré le pays pendant 22 ans et fait près de deux millions de morts, a chassé la quasi-totalité des éléphants du sud du pays, ainsi qu'un grand nombre d'autres espèces.
Après deux années de paix relative, les majestueux mammifères sont de retour dans cette région du pays, constituant une des plus impressionnantes migrations animales du monde. Selon les services de la faune, 7.000 éléphants ont fait leur retour, aux côtés de plus de 1.500 girafes et 500 oryx, alors qu'on pensait qu'ils avaient quitté le pays. Des lions, des léopards et plusieurs espèces de gazelles, certaines n'existant qu'au Soudan, ont également été aperçus.
Une étude aérienne effectuée en février par la Société américaine de protection de la nature a démontré qu'il y aurait plus de 1,3 million d'antilopes et de gazelles de retour.
"Cela pourrait être la plus grande migration de mammifères sur la planète", avance Paul Elkan, directeur de la Société de protection pour le sud du Soudan. Mais le calme reste fragile dans cette région, où l'accord de paix passé avec le gouvernement de Khartoum à majorité arabe chancelle.
Sur l'île, les éléphants se rafraîchissent dans les eaux marécageuses du Nil, levant leur trompe de temps à autre pour humer la présence humaine. "Personne ne s'attendait à les voir, et aujourd'hui ils sont à seulement cinq mètres", s'enthousiasme Charles Joseph, un des responsables du parc qui a fait visiter l'île à un journaliste d'Associated Press, le premier journaliste étranger à voir les éléphants depuis leur retour.
Un petit groupe de pêcheurs de la tribu Madi, qui ont installé leur camp sur les rivages de l'île, ont vu le premier troupeau d'éléphants revenir il y a un an, en provenance de l'Ouganda. "Nous sommes en paix avec eux et notre présence ne les dérange pas", explique le chef du groupe, Charles Moini.
La fierté des Soudanais du sud est évidente. Les gardiens assurent que seuls les troupeaux originaires de la région sont revenus, affirmant que les éléphants voulaient rentrer chez eux depuis que la guerre ne les chasse plus vers l'Ouganda ou le Kenya.
Les responsables de la région espèrent, une fois la paix consolidée, bénéficier des devises du tourisme. Le gouvernement autonome envisage d'ouvrir un lodge à Nimule l'année prochaine pour recevoir jusqu'à 1.000 touristes les cinq premières années. A moyen terme, il compte rouvrir une dizaine de parcs nationaux ou réserves dans le sud du Soudan, une région subtropicale grande comme la France, qui compte huit millions d'habitants mais bien plus d'animaux sauvages. AP
ljg/v0/mw
Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|