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actu & culture


PARIS - lundi 10 decembre 2007 à 14h58

Nicolas Sarkozy, converti à la "realpolitik"



"Je ne crois pas à la realpolitik, celle qui fait échanger ses principes contre des contrats", lâchait Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle. Une fois élu, l'homme s'y est pourtant converti, adoptant une pudeur sur la question des droits de l'Homme qui rappelle celle de son prédécesseur Jacques Chirac.

"Le Darfour est un scandale inacceptable, la Tchétchénie une horreur, les infirmières bulgares en Libye, une barbarie, Ingrid Betancourt dans la jungle colombienne une tragédie. Président de la République, je ne me tairai pas devant ces insultes aux droits de l'Homme": des paroles fortes que Nicolas Sarkozy lançait lors d'un meeting en mars 2007. "Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l'Homme au nom de nos intérêts économiques", promettait-il.

En septembre 2006, il avait ainsi vertement critiqué la décision de Jacques Chirac de remettre les insignes de Grand-croix de la Légion d'honneur au président russe Vladimir Poutine.

Depuis son élection, Nicolas Sarkozy a, de fait, posé publiquement la question des droits de l'Homme à Moscou ou à Pékin -ce que Jacques Chirac ne faisait plus-, mais sur un ton nettement plus conciliant, et ce au nom de l'efficacité.

Lors de son voyage en Chine en novembre dernier, le président français réclamait ainsi publiquement des "progrès supplémentaires" à Pékin sur le terrain des droits de l'Homme, quand son prédécesseur préférait donner des listes de prisonniers politiques à libérer loin des caméras.

La peine de mort, "je ne vous demande pas de l'abolir complètement, mais d'accentuer le mouvement qui s'esquisse tout doucement", a ainsi demandé Nicolas Sarkozy à son homologue Hu Jintao, en ajoutant que la France n'avait "pas de leçon à donner" après avoir attendu 1981 pour abolir la peine capitale.

Parallèlement, il omettait d'inviter sa secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade à participer à ce voyage. Nicolas Sarkozy a aussi plaidé, comme Jacques Chirac, pour la levée de l'embargo sur les armes décidé contre la Chine après le massacre de Tiananmen en 1989 et affirmé que le Tibet faisait "partie de la Chine", quand l'Allemagne et les Etats-Unis recevaient ostensiblement le Dalaï Lama, à la grande fureur de Pékin.

Le président français est reparti de Chine avec plus de 20 milliards d'euros de contrats.

De même, Nicolas Sarkozy a décroché la semaine dernière son téléphone pour féliciter Vladimir Poutine, au moment où la communauté internationale dénonçait les conditions dans lesquelles s'étaient tenues les élections législatives russes, remportées par le parti présidentiel.

"Il y avait vraiment pas de quoi s'énerver!", a rétorqué jeudi Nicolas Sarkozy face aux critiques, soulignant la "popularité de M. Poutine en Russie". "Personne (...), moi le premier, ne conteste qu'il y a eu des problèmes, et je l'ai dit à M. Poutine". Mais "il serait curieux de faire, comme je l'ai fait, (...) appel à la Russie pour nous aider à peser sur l'Iran (...) et considérer qu'il est anormal que j'appelle M. Poutine", a-t-il déclaré.

Nicolas Sarkozy a par ailleurs affirmé avoir, lors de son voyage en Russie en octobre, "posé à M. Poutine les vraies questions: sur la Tchétchénie, sur la Géorgie, sur les journalistes, sur les répressions des manifestations d'homosexuels". Il s'était d'ailleurs rendu dans les locaux de l'organisation non-gouvernementale Memorial, qui a dénoncé les crimes de guerre en Tchétchénie.

"La France est libre de parler avec tout le monde dans le monde, spécialement avec des pays qui vont vers la respectabilité, voilà!", argumentait-il en novembre dernier pour justifier l'invitation à Paris du dirigeant libyen Moammar Kadhafi, redevenu fréquentable depuis la libération des infirmières bulgares en juillet. "Si on ne reçoit pas et on ne parle pas avec des pays qui se respectabilisent, qui tournent le dos à des orientations qui étaient condamnées par la communauté internationale, alors qu'est-ce qu'on dit à l'Iran, qu'est-ce qu'on dit à la Corée du nord?", avait-il fait valoir.

Ce qu'un haut diplomate français résumait plus brutalement, en marge du déplacement en Chine de Nicolas Sarkozy, par: "à force d'avoir des principes, on n'a plus de politique étrangère". AP

co/sb