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actu & culture


LONDRES - jeudi 20 decembre 2007 à 18h34

La syphilis de retour en Europe



La syphilis est de retour: cette maladie sexuellement transmissible, longtemps confondue avec le XIXe siècle et la vie de bohème, refait surface en Europe de façon inquiétante, selon les derniers chiffres communiqués par les autorités sanitaires britanniques, françaises, allemandes et néerlandaises.

"La syphilis était une maladie rare", résume le Dr Marita van de Laar, experte dans le domaine des maladies sexuellement transmissibles, du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

Aujourd'hui, la plupart des cas concernent les hommes. Les experts considèrent que l'augmentation des pratiques sexuelles à risque chez les homosexuels est la cause principale de cette résurgence. Mais l'augmentation des cas de syphilis s'observe aussi chez les hommes et les femmes hétérosexuels.

La syphilis était le fléau sexuel du XIXe siècle. Elle a probablement tué de nombreux artistes, notamment les Français Charles Baudelaire et Paul Gauguin, et l'Allemand Robert Schumann. Mais l'utilisation très répandue de la pénicilline dans les années 1950 l'a pratiquement rayée de la liste des maladies des pays riches.

Ces dix dernières années toutefois, contre toute attente, la syphilis est réapparue, en partie à cause de la reprise des comportements sexuels à risque et des épidémies enregistrées dans les grandes capitales européennes, notamment à Paris, Londres, Amsterdam et Berlin.

En Grande-Bretagne, le nombre de cas de syphilis dans la population, quel que soit le sexe, a été multiplié par dix ces dix dernières années, passant à 3.702 cas en 2006, selon l'Agence de protection de la santé (Health Protection Agency). Chez les hommes, le nombre de cas est passé de 1/100.000 en 1997 à 9/100.000 l'an dernier.

En Allemagne, chez les hommes, ce nombre inférieur à 2/100.000 en 1991 est passé à 6/100.000 en 2003. En France, on comptait 428 cas en 2003, soit près de 16 fois le nombre de cas enregistrés trois ans plus tôt. Aux Pays-Bas, les cas ont doublé entre 2000 et 2004. A Amsterdam, le taux d'infection chez les hommes, de 31/100.000, est très supérieur à celui du reste du pays.

Des tendances similaires sont observées aux Etats-Unis. En 2000, le nombre d'infections était si bas que les Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC) se sont lancés dans un plan d'élimination. Mais environ 9.800 cas ont été rapportés en 2006.

Bien que la syphilis touche essentiellement les gays vivant dans les villes, les experts craignent qu'elle puisse aussi se développer dans la population générale, si des efforts ne sont pas faits rapidement pour combattre la maladie.

En 2005, selon les autorités britanniques, la syphilis s'est répandue dans le pays tout entier, entraînant la contamination d'un nombre croissant d'homosexuels des deux sexes.

"Ces augmentations peuvent conduire à plus de diagnostics de syphilis congénitale dans les années qui viennent", avertit Kate Swan, porte-parole de l'agence britannique de protection de la santé. Il faut en effet savoir que près de la moitié des bébés infectés par la syphilis dans l'utérus de leur mère meurent rapidement avant la naissance ou juste après.

La syphilis est une maladie infectieuse qui entraîne des symptômes, notamment des ulcères, des boutons et des rougeurs. Dans les cas extrêmes, elle peut évoluer en démence ou entraîner la mort par complication cardiaque, respiratoire ou du système nerveux central. Elle peut être traitée par antibiotiques si elle est prise à temps.

Dès que les cas ne sont plus isolés, il devient difficile de contenir la maladie. Les avancées obtenues dans le traitement du SIDA ont involontairement favorisé sa progression, du fait notamment du relâchement de la prévention, alors qu'arrivaient sur le marché, en 1996, les traitements antirétroviraux.

Après des décennies d'utilisation du préservatif et de restriction du nombre de partenaires, "les gens sont probablement fatigués du sexe sans risque", relève le Dr Marita van de Laar, tandis que d'autres experts n'hésitent pas à établir entre les sites de rencontres sur Internet et l'augmentation des cas de syphilis. AP

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