Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|
L'Afrique fait de la crise kényane sa priorité. Au premier jour de leur sommet à Addis Abeba, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine ont prévenu jeudi que le continent ne pourrait prospérer si le Kenya "brûle". Pendant ce temps, un parlementaire de l'opposition était tué par un policier dans l'ouest du Kenya dans des circonstances peu claires.
"Le Kenya est un pays qui était un espoir pour le continent", a déclaré le président de l'Union africaine Alpha Oumar Konaré, à l'ouverture du sommet de trois jours de l'organisation dans la capitale éthiopienne. "Aujourd'hui, quand vous regardez le Kenya, vous voyez la violence dans les rues. On parle même de nettoyage ethnique et de génocide. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés." Et de renchérir: "Si le Kenya brûle, il ne restera rien pour demain."
Plus de 800 personnes ont été tuées au Kenya et des dizaines de milliers d'habitants ont fui leur foyer depuis les élections du 27 décembre dernier. L'opposition accuse le président Mwai Kibaki d'avoir truqué le scrutin pour s'octroyer un second mandat.
Une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine se sont retrouvés à Addis Abeba, en présence de Mwai Kibaki. Le président de la Banque mondiale Robert Zoellick et le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon étaient également présents.
Le patron de l'ONU prévoit de rencontrer le président kényan en marge du sommet et de se rendre vendredi à Nairobi, pour rencontrer le chef de l'opposition Raila Odinga. "J'appelle la population kényane à mettre fin maintenant aux tueries et aux violences avant qu'il ne soit trop tard", a lancé Ban Ki-moon à Addis Abeba.
Au Kenya même, un parlementaire de l'opposition a été tué jeudi par un policier à Eldoret, dans la Vallée du Rift, dans l'ouest du pays. Il s'agit du deuxième élu mort depuis le début de la semaine dans les violences interethniques. Selon le chef de la police kényane, Hussein Ali, David Too a été victime d'"un crime passionnel" commis par un agent de la circulation qui l'accusait d'avoir séduit sa compagne -qui a succombé à ses blessures plus tard dans la journée. Mais l'opposition dénonce un assassinat.
Des milliers de Kalenjin, le groupe ethnique auquel appartenait le parlementaire, ont bloqué des routes et incendié des maisons dans les faubourgs de Kericho (ouest), près de la circonscription de l'élu. Des membres d'autres tribus craignant pour leur sécurité se sont réfugiés dans le poste de police local.
A Eldoret, où David Too a été tué, une foule en colère s'est dirigée vers le poste de police, mais s'est ensuite enfuie lorsque des paramilitaires ont tiré en l'air. A Kisumu, un bastion de l'opposition, des groupes d'hommes armés de machettes ont érigé des barricades enflammées. Un camion a été incendié devant le poste de police local sur lequel une foule hostile a jeté des pierres.
Des affrontements ont éclaté entre forces de l'ordre et protestataires, et la police a fini par tirer sur la foule. Un journaliste a pu apercevoir le corps d'un homme âgé d'une cinquantaine d'années, tué d'une balle dans l'estomac. Une manifestante, Jane Akelo, a raconté qu'elle avait vu un policier tuer un adolescent d'une balle dans la tête, ainsi qu'un autre cadavre dans la rue.
Lors d'une conférence de presse, Henry Kosgey, un responsable du Mouvement démocratique orange (ODM) auquel appartient Raila Odinga, a cité des témoins selon lesquels David Too a été tué par un policier à un barrage routier alors qu'il se rendait de Nairobi à Eldoret. "Cela fait partie d'un plan diabolique" pour voler sa majorité parlementaire à l'opposition, a accusé le secrétaire général du parti, Anyang Nyongo. Lors des législatives du 27 décembre, l'ODM a remporté 99 sièges, contre 43 au parti de Mwai Kibaki.
Le meurtre est survenu alors que les négociateurs des deux camps -trois pour Kibaki et trois pour Odinga- se réunissaient pour la première fois pour tenter de résoudre la crise. "Ils peuvent sentir le poids de la nation sur leurs épaules", a souligné le porte-parole du médiateur Kofi Annan. Peu après, l'ancien patron de l'ONU a estimé que le début des pourparlers se déroulaient "très bien". AP
ir/lma/v0/st
Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|