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La nature se comporte de manière parfois très inattendue. Des chercheurs viennent ainsi de découvrir que si les éléphants ou les girafes ne mangent pas les feuilles des acacias d'Afrique, ces petits arbres périssent et les fourmis qui vivent dessus et les défendent normalement les quittent.
Depuis plusieurs milliers d'années, ces arbustes épineux fournissent de la nourriture et un abri aux fourmis piqueuses. En échange, celles-ci protègent les acacias en attaquant les animaux qui mangent leurs feuilles. C'est donc finalement tout bénéfice, aussi bien pour les arbres que pour les fourmis. Un principe bien connu dans la nature.
Les scientifiques qui étudient le déclin des grands mammifères en Afrique se sont demandés ce qui se passerait si ceux-ci ne mangeaient plus les feuilles des arbustes. Ils ont donc protégé à l'aide d'une clôture certains acacias afin que les éléphants, les girafes et autres herbivores ne puissent pas y accéder.
De manière surprenante, après quelques années, les arbres en question ont commencé à dépérir et à pousser plus lentement que les autres. Il s'avère que si des animaux ne mangent pas leurs feuilles, les arbres ne se soucient plus des fourmis: ils réduisent leur production de nectar permettant à ces insectes de se nourrir.
Résultat: les fourmis, qui jouent normalement un rôle de protection pour l'arbre, ont au contraire commencé à l'abîmer, ou alors elles ont été remplacées par d'autres insectes qui, eux, n'ont pas de vertu protectrice.
"Bien que cette forme de complicité entre les fourmis et les plantes a probablement eu une évolution sur le très long terme, elle s'effondre très, très rapidement", explique Todd Palmer, professeur de zoologie à l'université de Floride.
"En seulement dix ans, nous avons découvert que quand les mammifères ne peuvent pas manger les plantes, elles commencent à réduire leurs 'paiements' aux fourmis, en l'occurrence le nectar qu'elles produisent", précise M. Palmer, en déplacement au Kenya, et dont les découvertes ont été publiées à la mi-janvier dans la revue "Science".
"Si vous m'aviez demandé il y a dix ans: 'Qu'arrive-t-il si vous sortez de gros mammifères du système?', j'aurai répondu: 'Je parierais que les arbres seront très contents", a-t-il dit.
Mais au lieu de ça, les animaux qui broutent sont la force motrice qui, par l'intermédiaire des arbres, bénéficient aux fourmis. Quand ils ne mangent plus les feuilles, les acacias produisent moins de nectar et les fourmis, qui protègent normalement les arbres, commencent à souffrir de la faim et leurs colonies se réduisent.
"C'est une leçon de la recherche, pour moi: le déclin des gros herbivores en Afrique, provoqué par l'homme, peut avoir des conséquences dramatiques pour les communautés dans lesquelles ces grands mammifères vivent", résume M. Palmer.
Selon Ted Schultz, entomologue au Museum national d'histoire naturelle de l'Institut Smithsonian, le fait que l'absence d'herbivores s'avère être pire pour la plante "est surprenant et ce n'est pas le genre de chose que quelqu'un aurait pu prédire".
M. Schultz, qui ne faisait pas partie de l'équipe de chercheurs de M. Palmer, estime que ces découvertes montrent que le système est complexe. "Le système présenté ici est un équilibre de plusieurs acteurs: les arbres, les mammifères herbivores, la fourmi piqueuse et trois autres espèces de fourmis. Enlevez un des joueurs -les mammifères herbivores- et toutes les autres parties en présence se réorganisent d'une manière que nous aurions difficilement pu prévoir", a-t-il affirmé.
Sur le Net: http://www.sciencemag.org
pyr/v0692/mw
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