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actu & culture


NICOSIE - samedi 23 fevrier 2008 à 17h01

Second tour dimanche d'une présidentielle inédite à Chypre


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Le favori du second tour de la présidentielle de dimanche à Chypre, un communiste réformé président du parlement, et son challenger, ex-chef de la diplomatie conservateur, n'ont a priori idéologiquement rien à voir. Mais ils sont d'accord sur une chose capitale: la nécessité de reprendre d'urgence les pourparlers sur la réunification de l'île.

Tant le conservateur Ioannis Kasoulides, 59 ans, du Rassemblement démocratique (Disy), que le patron du parti communiste Akel, Dimitris Christofias, 61 ans, ont promis de relancer les négociations avec les Chypriotes-turcs. Et tous deux s'en sont pris au président sortant Tassos Papadopoulos, arc-bouté sur l'impasse et dont l'attitude d'hostilité à la réunification a rapproché l'île d'Aphrodite de la crainte d'une partition définitive. Une angoisse ravivée par la toute récente indépendance du Kosovo, que de ce fait Nicosie refuse de reconnaître.

Le jusqu'au-boutisme de Papadopoulos aura en tous cas eu une conséquence-choc: le vieux président sortant, 74 ans, a été, contre toute attente, sorti dès le premier tour de la présidentielle le 17 février dernier.

Après un premier tour dans un mouchoir de poche, Christofias est donné favori depuis qu'il a décroché le soutien du Diko (centre-droit) de Papadopoulos, bien qu'ayant quitté sa coalition de gouvernement. Les socialistes de l'Edek le soutiennent aussi. Kasoulides a lui obtenu l'adoubement de la toute-puissante église orthodoxe de l'île.

Chypre est coupée en deux depuis 1974, lorsqu'un coup d'Etat téléguidé depuis la Grèce des colonels, qui fit long feu, a provoqué l'invasion turque dans le nord. La partition entre les deux communautés ethniques et religieuses a déclenché violences, disparitions et déplacements de population de part et d'autre, des drames dont les plaies ne sont toujours pas refermées.

Depuis, dans la partie turque, la RTCN (République turque de Chypre nord) n'est reconnue que par Ankara, dont l'armée et les colons y sont omniprésents. La communauté internationale reconnaît elle à la République de Chypre la souveraineté sur la totalité de l'île. C'est donc elle qui est entrée, divisée, dans l'Union européenne, une adhésion dont, dans les faits, seuls à ce jour bénéficient les habitants de Chypre-sud.

Les deux candidats en lice au second tour ont dénoncé Papadopoulos, qui avait en 2004 réussi à ce que les électeurs Chypriotes-grecs disent "non" au projet de règlement des Nations unies, accepté par les Chypriotes-turcs. Et malgré l'immense déception, Chypre entrait une semaine plus tard dans l'UE, qui avait fait le choix de cette adhésion comme aiguillon pour la réunification.

Certes, le plan de Kofi Annan est désormais mort, mais les deux candidats ont choisi la flexibilité et promis qu'ils contacteraient rapidement après l'élection le dirigeant chypriote-turc Mehmet Ali Talat, partisan de la réunification.

De l'autre côté de la "Ligne verte", chez les Chypriotes-turcs, on observe ce second tour avec espoir. "Savoir qui gagne, ce n'est pas important. Ce qui est important, c'est le dialogue. Si vous ne pouvez pas commencer à dialoguer, vous êtes mal, et c'est là que nous sommes aujourd'hui", note l'avocat et défenseur des droits de l'homme chypriote-turc Emine Erk.

En outre, l'entrée dans l'UE a encore plus effacé la fracture gauche-droite: membre du parlement européen, Kasoulides met en avant son rôle dans la relance de crédibilité de Nicosie auprès de partenaires européens dépités par le "non". Mais selon l'ancien conseiller présidentiel Costas Apostolides, Christofias aussi sait comment travailler avec Bruxelles, et est plutôt bien vu des dirigeants de l'UE.

Bien qu'en phase sur les négociations, les candidats ont tout de même dû réactiver leurs divergences idéologiques pour la bataille du second tour. Christofias s'est entendu soupçonner de vouloir revenir sur l'instruction religieuse à l'école et d'être un mauvais nationaliste... "Je ne m'attendais pas à ce que la campagne de M. Kasoulides invente ces contes de fées selon lesquels notre grecquitude et notre foi religieuse seraient en danger", a-t-il tempêté. AP

nc/v/sb