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actu & culture


PEKIN/DHARAMSALA, Inde - samedi 15 mars 2008 à 14h44

Au moins dix morts dans des manifestations hostiles à la Chine au Tibet


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La Chine a resserré son étau samedi sur Lhassa après les manifestations les plus violentes contre l'autorité de Pékin sur le Tibet depuis près de deux décennies. Dix personnes, selon le régime chinois, plusieurs dizaines selon le gouvernement tibétain en exil, sont mortes lors des rassemblements dans la ville, douchant les espoirs chinois d'une période empreinte de calme avant le coup d'envoi en août des Jeux olympiques.

Samedi, les rues de Lhassa -soumise à un couvre-feu- étaient en grande partie désertes. D'après des témoins, des policiers patrouillaient et bouclaient les rues, théâtre la veille de saccages et de violences au cinquième jour de rassemblements pour la plupart pacifiques contre le pouvoir chinois.

L'agence officielle chinoise Chine Nouvelle, qui a fait état samedi d'un retour au calme", a rapporté, sans autres précisions, que dix personnes -dont deux employés d'hôtel et deux propriétaires de magasins- avaient été mortellement brûlées, mais qu'aucun ressortissant étranger n'avait été blessé.

Le gouvernement tibétain en exil en Inde a pour sa part annoncé "30 morts confirmés jusqu'à aujourd'hui", "plus de 100" autres morts "non confirmés" ainsi que de nombreux blessés dans la répression des manifestations à Lhassa par les autorités chinoises.

Les touristes à Lhassa ont reçu l'ordre de ne pas quitter leur hôtel. Un étudiant occidental de 23 ans, arrivé samedi dans la ville, a fait état de barrages militaires, soulignant que la ville tout entière était bouclée.

Parallèlement, des Tibétains vivant dans l'ouest de la Chine ont rapporté samedi que la police avait dispersé à coups de gaz lacrymogènes des manifestations emmenées par des moines bouddhistes en signe de solidarité avec les rassemblements hostiles à Pékin à Lhassa.

D'après des habitants, des centaines de moines sont sortis du monastère de Labrang et ont défilé à Xiahe, dans la province de Gansu, rejoints dans leur marche par d'autres Tibétains. Une association basée à Londres, Free Tibet Campaign, a fait état de 20 arrestations, citant des sources non identifiées à Xiahe.

Des témoins ont affirmé que la foule avait attaqué des bâtiments gouvernementaux, démoli le QG des forces de police régionales, avant que les policiers n'usent de gaz lacrymogènes pour mettre fin à la manifestation.

Les moines de Labrang avaient également protesté vendredi, tandis que des Tibétains à Lhassa mettaient le feu à des commerces et des véhicules en signe de protestation contre le pouvoir chinois.

D'autres manifestations de soutien ont eu lieu dans le monde. En Inde, des dizaines de protestataires ont entamé une nouvelle marche vers le Tibet samedi, quelques jours après l'arrestation de plus de 100 Tibétains vivant en exil par les autorités indiennes au cours d'une action similaire. La marche avait commencé lundi, date anniversaire d'un soulèvement de 1959 des Tibétains contre la Chine. A New Delhi, quelque 200 Tibétains en exil ont entamé une grève de la faim, brandissant des pancartes dénonçant les JO de Pékin et le "génocide en Chine".

En Australie, la police a dispersé samedi à coups de matraque et de gaz lacrymogènes une manifestation pro-Tibet devant le consulat de Chine à Sydney. Cinq personnes protestant contre la répression chinoise sanglante au Tibet ont été interpellées. Et à Katmandou, capitale du Népal, la police a procédé à une vingtaine d'interpellations lors d'un rassemblement auquel participaient des Tibétains.

La veille, une manifestation de solidarité avec les Tibétains avait eu lieu à New York devant le siège des Nations unies, sur fond d'appels à la retenue lancés par plusieurs pays à l'adresse de la Chine. Exilé depuis 1959, le dalaï-lama, "profondément préoccupé", avait pour sa part à la fois demandé à Pékin de ne pas recourir à la force et aux Tibétains de ne pas faire preuve de "violence".

Ces troubles surviennent deux semaines avant le lancement des célébrations olympiques chinoises avec le début du relais de la flamme olympique, qui doit passer par l'Everest et le Tibet. Sun Weide, un porte-parole du comité d'organisation des JO de Pékin, a cependant estimé que ces violences n'auraient pas d'impact négatif sur le déroulement des Jeux ou le relais de la flamme olympique. Samedi, Hu Jintao a été réélu par le Parlement président pour un deuxième mandat de cinq ans, et reconduit à la tête de la commission centrale militaire.

Le gouverneur de la Chine au Tibet a promis de sanctionner les émeutiers, tandis que les autorités se sont engagées à faire preuve d'indulgence envers les protestataires s'ils se rendent d'ici mardi. Dans le cas contraire, ils seront "sévèrement punis", selon un avis diffusé sur des sites web officiels. AP

cr/v/sb