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actu & culture


PEKIN/DHARAMSALA, Inde - lundi 17 mars 2008 à 01h58

Le dalaï lama dénonce un "génocide culturel" au Tibet, manifestations dans plusieurs provinces chinoises



Le dalaï lama a demandé dimanche l'ouverture d'une enquête internationale sur la répression chinoise des récentes manifestations contre l'autorité de Pékin au Tibet et dénoncé un "génocide culturel" dans cette région, où les violences auraient fait quelque 80 morts depuis vendredi, selon le gouvernement tibétain en exil.

Si les forces chinoises semblent désormais contrôler la situation à Lhassa, la révolte s'est étendue, d'après plusieurs sources, aux provinces chinoises du Gansu, du Qinghai et du Sichuan. Dans cette dernière, huit personnes seraient mortes, selon des informations -non confirmées- diffusées dimanche par des groupes tibétains.

Les manifestations de la fin de semaine à Lhassa, d'une ampleur et d'une brutalité sans précédent depuis près de deux décennies, ont donné lieu à plusieurs rassemblements de soutien à travers le monde, embarrassant la Chine à cinq mois de l'ouverture des Jeux olympiques d'été à Pékin.

Citant plusieurs sources au Tibet, Thubten Samphel, un porte-parole du gouvernement tibétain en exil a déclaré dimanche que 80 personnes avaient été tuées et 72 autres blessées depuis le début des violences vendredi. Il n'a pas précisé combien de protestataires figuraient parmi les victimes.

L'agence officielle Chine Nouvelle a elle fait état du décès d'au moins dix civils, mortellement brûlés. Ces chiffres n'ont pu être confirmés de sources indépendantes dans la mesure où la Chine a restreint l'accès des médias étrangers au Tibet, et bloqué dimanche l'accès à YouTube.com après la diffusion de vidéos concernant les rassemblements au Tibet sur le site Internet.

Deux jours après les manifestations de Lhassa, où des émeutiers ont mis le feu à des véhicules de police et des commerces, des centaines de soldats et de policiers patrouillaient dimanche dans la ville. La chaîne Hong Kong Cable TV a signalé la présence de quelque 200 véhicules militaires, transportant respectivement des dizaines de soldats armés, dans le centre de Lhassa, en grande partie désert.

Des messages lancés au moyen de haut-parleurs appelaient les habitants à "distinguer ennemis et amis" et à avoir "une position claire" pour "s'opposer à la violence". D'après une habitante, la police demandait à la population de ne pas sortir de chez elle.

Devant des journalistes à Dharamsala, en Inde, siège du gouvernement tibétain en exil, le dalaï lama a réclamé qu'une "organisation internationale respectée puisse établir ce qu'est la situation au Tibet et quelle en est la cause".

"Que ce soit de façon intentionnelle ou non intentionnelle, une forme de génocide culturel est en train d'avoir lieu", a ajouté le chef spirituel des Tibétains, en référence à la politique de Pékin visant à encourager l'ethnie majoritaire Han à migrer vers la région et les restrictions pesant sur les pratiques bouddhistes au Tibet, envahi par la Chine en 1950.

Selon une association tibétaine de défense des droits de l'homme et des témoins, les manifestations se sont étendues à la province chinoise du Sichuan proche du Tibet. Un témoin dans le comté d'Aba a affirmé sous couvert d'anonymat qu'un policier avait été tué et que plusieurs véhicules de police avaient été incendiés dimanche lors de heurts. Le Centre tibétain pour les droits de l'Homme et la démocratie et Free Tibet Campaign, groupe basé à Londres, ont eux affirmé que huit corps avaient été remis à un monastère et que jusqu'à une trentaine de protestataires avaient été la cible de tirs. Des informations non confirmées dans l'immédiat.

Dans la province du Qinghai, des dizaines de moines ont défié une directive interdisant les rassemblements à Tongren. Ils ont gagné une colline, où ils ont notamment fait brûler de l'encens. Un acte qui a suscité des tensions.

Par ailleurs, des témoins ont fait état dimanche d'un couvre-feu imposé à Xiahe, dans la province du Gansu, au lendemain de l'usage de gaz lacrymogènes par la police contre plus de 1.000 protestataires, dont des moines bouddhistes, partis du monastère de Labrang. D'autres témoins ont signalé des manifestations dans la localité voisine de Taktsang.

Parallèlement, près de 2.000 exilés tibétains ont participé en Inde à une marche d'une dizaine de kilomètres entre McLeodganj et Dharamsala, brûlant des drapeaux chinois et scandant des slogans hostiles au président chinois. A Dharamsala, ils ont notamment brandi des affiches proclamant "Pas de meurtres au Tibet, pas de Jeux olympiques en Chine".

Cette colère éclate à deux semaines du coup d'envoi de célébrations marquées par le début du relais de la flamme olympique, qui doit passer par le Tibet. Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, ont exhorté la Chine à faire preuve de "retenue" face aux protestataires.

Le président du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge a exprimé dimanche ses "inquiétudes" par rapport à la situation au Tibet, appelant de ses voeux un "apaisement des tensions le plus vite possible".

Samedi, M. Rogge avait estimé qu'un éventuel boycott des JO en août prochain "ne résoudrait rien" et pénaliserait avant tout les athlètes. AP

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