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Quelques heures après la fin du délai accordé aux manifestants du Tibet pour qu'ils se rendent aux autorités, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a accusé mardi le dalaï lama et sa "clique" d'être à l'origine des émeutes de Lhassa et de vouloir ainsi saper l'organisation des prochains Jeux olympiques.
Appelant ses compatriotes à la retenue, le chef spirituel des Tibétains a pour sa part menacé de démissionner de son poste de chef du gouvernement en exil si les violences dans la région échappaient à tout contrôle, et a laissé entendre à son tour que Pékin, dans un effort pour le discréditer, pourrait être impliqué dans la détérioration de la situation.
Pacifiques au moment de leur lancement le 10 mars à l'initiative de moines bouddhistes, les manifestations des Tibétains ont pris une tournure plus violente vendredi avant d'être réprimées par la police chinoise. A la suite de ce soulèvement -le plus dur depuis près de vingt ans-, Pékin a fait état de 16 morts et de dizaines de blessés, le gouvernement tibétain en exil parlant lui de 80 morts.
"Il est un fait de notoriété publique -avec des dizaines de preuves à l'appui- prouvant que ces incidents ont été organisés, prémédités, dirigés" par "le dalaï lama et sa clique", a dénoncé Wen Jiabao devant la presse. "En organisant ces incidents, ils (les Tibétains) veulent saper les Jeux olympiques de Pékin et c'est pour essayer de faire avancer leur plan secret qu'ils encouragent ce genre incidents", a ajouté le Premier ministre chinois. Et de conclure: "Tout ceci démontre encore plus que les allégations" de "la 'clique' du dalaï lama selon lesquelles elle ne recherche pas l'indépendance mais un dialogue pacifique ne sont rien d'autres que des mensonges".
S'exprimant depuis Dharamsala en Inde, le dalaï lama a appelé les deux camps au calme, observant qu'il était "possible que des agents chinois soient impliqués" dans les incidents en vue de le discréditer. Il a en outre menacé, "si les choses dégénèrent", de "complètement démissionner". Un de ses collaborateurs a précisé ensuite qu'il s'agissait d'une démission "en tant que chef politique et chef de l'Etat mais pas en tant que dalaï lama".
L'idée de boycotter les JO de Pékin en août prochain pour condamner la répression chinoise des derniers jours a été rejetée par plusieurs hauts représentants du monde du sport, en Union européenne, en Australie, en Russie et aux Etats-Unis.
Toutefois, le président du Parlement de l'UE Hans-Gert Pöttering a appelé les hommes politiques qui prévoient d'assister à la cérémonie d'ouverture "de se demander, si cela (la violence) continue, s'il serait responsable d'effectuer un tel voyage".
Cette suggestion a été jugée "intéressante" par le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, qui a toutefois précisé que "la France ne boycotte pas les Jeux olympiques", car une telle mesure ne serait pas "juste".
Alors que plusieurs centaines de Tibétains ont manifesté mardi devant le siège du Comité international olympique à Lausanne pour réclamer qu'il prenne position, une porte-parole du CIO a affirmé que ce dernier ne "veut pas être entraîné dans le débat". "Nous avons des règles et des procédures pour gérer les choses quand elles se produisent", a observé Emmanuelle Moreau. "Mais on ne va pas commencer à commenter ce qui pourrait, ou pas, se produire".
De hauts responsables américains ont pour leur part appelé la Chine à tenir compte des réclamations des Tibétains et à discuter avec le dalaï lama. "Je pense que cette déclaration (du dalaï lama NDLR) montre qu'il ne réclame pas l'indépendance ou la séparation d'avec la Chine. Au contraire, il réclame de dialoguer avec la Chine", a déclaré le porte-parole du secrétariat d'Etat américain Tom Casey.
Pendant ce temps, les autorités chinoises poursuivaient leurs efforts pour tenter d'arrêter les manifestants. Des témoins ont fait état de rafles depuis le début du week-end, mais aucune autre intervention de ce genre n'a été confirmée depuis l'expiration lundi à minuit de l'ultimatum fixé aux manifestants pour se rendre aux autorités. Selon un représentant du Comité tibétain du Parti communiste, "le nombre (d'arrestations) sera rendu public prochainement".
D'après le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, basé en Inde, des milliers de Tibétains ont convergé vers Seda, un chef-lieu de la province de Sichuan, dans le sud de la Chine, et la situation était "extrêmement tendue".
Une cinquantaine de manifestants réclamant une enquête de l'ONU sur les événements de Lhassa ont par ailleurs été arrêtés à Katmandou au Népal mardi. AP
pf/v/cr
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