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actu & culture


PEKIN - jeudi 20 mars 2008 à 19h34

Pékin admet l'existence de troubles hors du Tibet


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Pour la première fois depuis le début de la crise tibétaine la semaine dernière, un média officiel chinois a reconnu jeudi que les manifestations s'étaient étendues à d'autres provinces du pays et que la police avait ouvert le feu. Le Dalaï Lama a réitéré sa disponibilité à discuter avec Pékin mais le régime communiste campe sur ses positions.

Les autorités chinoises semblaient reprendre le contrôle au Tibet et dans les provinces voisines où vivent plus de la moitié des 5,4 millions de Tibétains en Chine - le Sichuan, le Gansu, le Qinghai et le Yunnan.

La police allait de ville en ville, vérifiant les identités, des barrages empêchant les Tibétains de sortir et les journalistes d'entrer. Les deux derniers reporters étrangers au Tibet ont été forcés de quitter Lhassa jeudi, selon Reporters sans frontières (RSF).

Dans le Yunnan, un convoi d'au moins 80 camions emmenait des centaines de membres des forces de sécurité vers le sud-est du Tibet. D'autres paraissaient monter un camp et patrouillaient en tenue anti-émeute, certains armés de fusils. Plus au nord, dans la ville à forte population tibétaine de Zhongdian, quelque 400 policiers armés ont pris position.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Qin Gang, a "suggéré" que les touristes étrangers restent à l'écart des provinces du Gansu et du Sichuan, par sécurité, mais des voyagistes de ces deux provinces ont affirmé que les autorités interdisaient aux étrangers de se rendre dans ces régions, qui se retrouvent isolées.

Une employée de l'Agence de voyage des Neufs lacs à Lanzhou, dans le Gansu, a dit avoir entendu parler de manifestations récentes et de troubles dans plusieurs comtés de la province. Dans le comté d'Aba, dans le Sichuan, une Tibétaine jointe par téléphone a dit sous le couvert de l'anonymat avoir entendu parler de nombreuses arrestations de manifestants. "Il y a beaucoup, beaucoup de soldats dehors. J'ai peur de sortir", a-t-elle ajouté.

L'armée a également barré des routes non loin, à Serthar, confinant les habitants chez eux, selon une autre femme interrogée au téléphone. D'après l'organisation Free Tibet Campaign, basée à Londres, l'armée y a été dépêchée après que des habitants eurent fait sauter un pont près du village de Gudu.

L'agence de presse officielle Chine nouvelle a accusé les manifestants d'avoir attaqué "des magasins et des bureaux du gouvernement" dimanche à Aba, et affirmé que la police avait blessé par balles et "en état de légitime défense" quatre "émeutiers".

Un porte-parole du gouvernement du Gansu, Zhang Yusheng, a affirmé qu'"un petit nombre de contrevenants avaient hurlé des slogans réactionnaires, brandi le drapeau du séparatisme et adopté des méthodes violentes" mais qu'un renfort de troupes avait ramené l'ordre. Des commerces, écoles, habitations, véhicules et bureaux du gouvernement ont été attaqués, a-t-il ajouté, déplorant "une menace extrêmement grave" pour l'ordre social.

La chaîne locale Tibet Television à Lhassa a montré jeudi les arrestations de 24 jeunes gens accusés de "menacer la sécurité nationale, de coups, de saccage, de pillage et d'incendie" lors des émeutes de vendredi dernier à Lhassa. Officiellement, 170 autres personnes se sont livrées à la police.

Jeudi soir, la chaîne nationale CCTV a diffusé une vidéo des émeutes de Lhassa où l'on peut voir des magasins incendiés, des Chinois blessés, un Tibétain armé d'un couteau perché sur une voiture de police ou des moines bouddhistes jetant des bâtons sur la police. La répression qui a suivi n'est pas montrée.

Les manifestations avaient commencé pacifiquement à l'initiative de moines le 10 mars à Lhassa, à l'occasion de l'anniversaire du soulèvement tibétain de 1959 contre le régime communiste, mais elles ont tourné à l'émeute vendredi dernier. Les autorités chinoises font état de 16 morts et 325 blessés. Pékin accuse "la clique du Dalaï Lama" à l'étranger d'avoir fomenté ces troubles exprès avant les Jeux olympiques de Pékin cet été et rejette le bilan de 80 morts du gouvernement tibétain en exil en Inde.

Le Dalaï Lama, qui milite pour l'autonomie du Tibet, a condamné la violence et menacé de démissionner de la tête de l'exécutif en exil si le mouvement s'emballait, mais l'apôtre de la résistance pacifique semble manquer de prise sur la nouvelle génération qui prône l'action.

Le prix Nobel de la Paix âgé de 72 ans s'est toutefois réaffirmé prêt à rencontrer des dirigeants chinois, mais Pékin continue de le désigner comme le responsable des violences. Le chef du Parti communiste Zhang Qingli l'a qualifié de "loup déguisé en moine" et déclaré que Pékin était engagé dans un combat "à mort" avec les autonomistes tibétains.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a aussi exprimé sa "grave préoccupation" au sujet de la rencontre prévue en mai entre le Premier ministre britannique Gordon Brown et le chef des bouddhistes tibétains, appelant le premier à ne pas offrir de tribune au second, décrit comme "un exilé engagé dans des activités séparatistes sous le couvert de la religion".

Un groupe de 37 lauréats de prix Nobel a publié jeudi une déclaration dans laquelle il "déplore et condamne la violente répression des manifestations tibétaines par le gouvernement chinois" et appelle Pékin à la retenue. "Nous protestons contre la campagne menée par le gouvernement chinois contre notre collègue nobélisé, sa sainteté le Dalaï Lama", ajoutent-ils. AP

st/v507