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actu & culture


DHARMSALA, Inde - jeudi 20 mars 2008 à 14h16

L'impatience face à la stratégie du Dalaï Lama perce dans une partie de la communauté tibétaine en exil


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Les manifestations au Tibet et Chine mettent en lumière les divisions de la communauté tibétaine face à la stratégie pacifiste du Dalaï Lama et l'impatience de la jeune génération qui veut passer à l'action et saisir l'occasion des Jeux de Pékin pour attirer l'attention du monde. Mais le chef spirituel et politique des tibétains continue d'appeler au calme et prévient qu'il démissionnera si "les choses échappent à tout contrôle".

S'il reste difficile de déterminer quelle est exactement la situation du Tibet, une partie des violences de la semaine dernière semble avoir été le fait de Tibétains, ce qui a profondément troublé le Dalaï Lama, farouche partisan de la non-violence, qui réclame une large autonomie à Pékin, sans revendiquer l'indépendance.

"Que cela nous plaise ou pas, nous devons vivre ensemble côte à côte", a expliqué celui qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1989, devant des journalistes à Dharamsala, dans le nord de l'Inde, siège du gouvernement tibétain en exil. "Nous devons nous opposer à la politique chinoise, mais pas aux Chinois. Pas sur une base raciste."

"Si les choses échappent à tout contrôle", il a averti que sa "seule option" serait de démissionner. Un conseiller a plus tard précisé qu'il voulait parler d'une démission en tant que chef politique, et pas comme chef spirituel de tous les Bouddhistes tibétains.

Face à la puissance de Pékin, "la violence est comme un suicide", avait déjà averti le Dalaï Lama dimanche. Un rappel du soulèvement de 1959, au cours duquel des milliers de Tibétains furent tués, tandis que lui-même prenait la voie de l'exil.

S'il dénonce un "génocide culturel" mené par Pékin au Tibet, le Dalaï Lama, devenue une icône médiatique internationale, prône depuis plusieurs décennies "la voie du milieu", c'est-à-dire la stratégie d'un dialogue avec la Chine pour obtenir une large autonomie.

Une stratégie remise en cause par les "Libérez le Tibet" scandés par des milliers de jeunes Tibétains, de moines bouddhistes et de nonnes qui ont grimpé ces derniers jours les chemins escarpés de Dharmsala, beaucoup arborant un visage peint aux couleurs du drapeau tibétain, et le torse nu barbouillé de peinture rouge sang.

"J'appelle les manifestants au Tibet à poursuivre leurs protestations jusqu'à ce que la Chine se retire du Tibet", a expliqué Tsewang Rigzin, chef du Congrès de la jeunesse tibétaine. Les jeunes militants s'abstiennent de critiquer directement le Dalaï Lama, profondément respecté et vénéré par les Tibétains, mais appellent à passer à l'action.

Pour eux, le Dalaï Lama laisse passer une occasion en or en ne s'opposant pas à l'organisation des Jeux Olympiques de Pékin. "Nous devons saisir l'opportunité des JO", explique Tsewang Rigzin. "Nous devons détourner les projecteurs au moment où le monde entier regarde pour montrer la vraie nature de la Chine."

Pour attirer l'attention de la communauté internationale, le Congrès de la jeunesse tibétaine et plusieurs autres organisations d'exilés tibétains avaient décidé d'organiser une marche depuis Dharmsala jusqu'au Tibet le 10 mars, juste avant que Pékin ne lance le parcours de la flamme olympique passant par le Tibet, pour marquer l'anniversaire du soulèvement de 1959. Quand les autorités indiennes ont stoppé la première marche quelques jours après son début, les exilés en ont repris une deuxième.

Une démarche beaucoup trop agressive pour le Dalaï Lama, qui a appelé mardi à y mettre un terme, estimant qu'elle ne ferait que provoquer des incidents avec les troupes chinoises à la frontière.

Au moment où la première marche partait de Dharamsala, la semaine dernière, des moines ont entamé des manifestations pacifiques à Lhassa, la capitale du Tibet. Mais les protestations se sont rapidement étendues et sont devenues violentes, des manifestants s'en prenant aux Han, ethnie majoritaire en Chine que Pékin a encouragé à s'installer au Tibet. Selon le régime chinois, 16 personnes ont été tuées au Tibet avant que le calme ne soit ramené samedi. Les Tibétains en exil font état de plus de 80 morts.

Pékin accuse le Dalaï Lama et d'avoir orchestré les violences, alors que les groupes tibétains en exil parlent d'un mouvement spontané contre le pouvoir chinois.

Les troubles au Tibet ont aussi révélé l'incapacité des Tibétains à mettre à profit la publicité faite autour de leur cause, et d'arracher des concessions à Pékin et un manque de coordination.

Le Dalaï Lama dit comprendre la frustration de la jeunesse. Pour lui, les désaccords qui s'expriment témoignent de l'enracinement des valeurs démocratiques qu'il a souhaité inculquer. Mais il maintient que sa voie est la seule qui puisse sauver le Tibet. "Nos seules forces sont la justice et la vérité. La force est immédiate, mais les effets de la vérité prennent parfois plus de temps." AP

sb/v/tl