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actu & culture


LHASSA - mercredi 26 mars 2008 à 14h08

Pékin multiplie les signes d'un contrôle pleinement recouvré au Tibet



La Chine semble vouloir accumuler les démonstrations d'un contrôle pleinement recouvré au Tibet: Pékin a annoncé mercredi la reddition de plusieurs centaines de personnes à la suite des manifestations tibétaines contre son pouvoir, et autorisé un premier groupe de journalistes étrangers à se rendre à Lhassa depuis les violences du 14 mars.

Ce feu vert accordé à des médias étrangers -jusqu'alors interdits de visiter le Tibet- et les redditions annoncées apparaissent comme autant de signes destinés à appuyer les dires des autorités sur la maîtrise totale de la situation et le caractère criminel des mouvements de protestation qui avaient commencé dans le calme le 10 mars.

Lancés à l'occasion de l'anniversaire du soulèvement de 1959 contre Pékin, les rassemblements, d'une ampleur et d'une âpreté sans précédent depuis près de vingt ans, ont vivement embarrassé le gouvernement à cinq mois des Jeux olympiques de Pékin censés servir de vitrine dorée. Les manifestations ont dégénéré le 14 mars, lorsque des émeutiers ont allumé des centaines de feux à Lhassa et attaqué des Chinois de souche, entraînant un afflux de soldats au Tibet.

On ignorait mercredi quelle marge de manoeuvre et de liberté serait laissée à Lhassa au petit groupe de journalistes -parmi lesquels un reporter, un photographe et un cameraman d'Associated Press- dont la visite de deux jours a été arrangée par le gouvernement chinois. L'autocar transportant les journalistes a passé trois postes de contrôle de police entre l'aéroport et Lhassa.

Des policiers étaient stationnés pratiquement à chaque croisement de rue sur l'itinéraire, tandis que d'autres en tenue de camouflage armés de mitrailleuses se tenaient devant plusieurs bâtiments semblant être des bureaux de l'administration.

Cette visite autorisée intervient sur fond de pression internationale croissante contre la répression chinoise au Tibet à l'approche des JO.

Dans un entretien au "Soir" de mercredi, le vice-Premier ministre belge Didier Reynders a emboîté le pas à Nicolas Sarkozy. Le président français avait précisé mardi au sujet de la question du Tibet et d'un éventuel boycott de la cérémonie des Jeux de Pékin que "toutes les options (étaient) ouvertes" et qu'il "ne ferm(ait) la porte à aucune éventualité". "Le boycott n'est pas la bonne solution. (...) Mais on ne peut jamais exclure le pire", a souligné M. Reynders, en précisant que son gouvernement restait "très attentif à l'évolution de la situation".

Le ministre flamand des Sports a déjà prévenu qu'il n'assisterait pas à la cérémonie d'ouverture des JO, jugeant qu'elle servait la propagande des autorités chinoises.

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Allemagne ont de leur côté condamné les réponses de la Chine aux manifestations sans aller jusqu'à menacer de boycotter les Jeux ou la cérémonie d'ouverture du 8 août. Le tout dans un climat de polémique. Mardi, le ministère chinois des Affaires étrangères s'en est pris à un éditorial d'un journal britannique signé par l'ancien ministre Michael Portillo qui a comparé les JO de Pékin aux Jeux de 1936 à Berlin. Pékin y a vu une véritable "insulte au peuple chinois" révélant la "psychologie abjecte de certaines personnes".

Sur le terrain, l'agence de presse officielle Chine nouvelle a affirmé que plus de 600 personnes s'étaient présentées spontanément à la police, à la suite des manifestations à Lhassa et dans la province du Sichuan, où les protestations ont également éclaté. La police a aussi diffusé une liste de 53 personnes recherchées après les émeutes, selon Chine nouvelle. Au moins 29 personnes ont été officiellement interpellées, mais on ignore si elles figurent sur cette liste.

Les autorités chinoises continuent d'affirmer que 22 personnes ont été tuées à Lhassa dans les violences, le gouvernement tibétain en exil avançant lui un bilan de près de 140 Tibétains tués, dont 19 dans la province du Gansu.

Les autorités ont menacé de punir sévèrement les personnes impliquées dans les violences. Selon le "Tibet Daily", le chef de la police nationale a accusé les protestataires de violer les principes bouddhistes, et souligné, à l'instar du ministre chinois de la Sécurité publique, que les moines continueraient d'être soumis à des cours d'"éducation patriotique", des cours contraignant les religieux à dénoncer leur chef spirituel, le dalaï lama. AP

cr/v/st