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actu & culture


LHASSA - vendredi 28 mars 2008 à 19h37

Le dalaï lama met en garde contre les tensions raciales


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Le dalaï lama a réaffirmé vendredi qu'il ne prônait pas l'indépendance du Tibet, mais a mis en garde Pékin contre les conséquences à long terme de la couverture biaisée des médias officiels sur les relations entre les populations tibétaine de souche et chinoise.

Dans un communiqué publié par le bureau du chef spirituel des Tibétains en exil dans le nord de l'Inde, le dalaï lama dit n'avoir "aucun désir de rechercher la séparation du Tibet". "Je ne souhaite aucunement non plus enfoncer un coin entre les peuples tibétains et chinois", écrit-il, mais "la relation par les médias officiels des événements récents du Tibet, qui recourt à des images trompeuses et déformées, pourrait semer les graines de la tension raciale, avec des conséquences imprévisibles à long terme".

Les autorités chinoises maintiennent que les manifestations qui ont dégénéré à Lhassa et dans plusieurs autres provinces voisines peuplées de Tibétains ont été orchestrées par "le dalaï lama et sa clique", accusés de rechercher l'indépendance du Tibet.

Mais le régime communiste subit une pression croissante des pays occidentaux placés dans une situation délicate, alors que s'élèvent chez eux des voix de plus en plus nombreuses pour demander le boycott des Jeux olympiques de Pékin, ou au moins de la cérémonie d'ouverture le 8 août.

Le président américain George W. Bush et le Premier ministre australien Kevin Rudd ont ainsi une nouvelle fois appelé Pékin vendredi à entamer le dialogue avec le dalaï lama. De leur côté, les 27 chefs de la diplomatie de l'Union européenne se sont réunis en Slovénie pour étudier des réponses communes à la répression des manifestations au Tibet.

C'est la pression occidentale qui semble avoir amené le ministère chinois des Affaires étrangères à autoriser la visite d'un groupe de diplomates étrangers à Lhassa vendredi et samedi. Un diplomate américain devait notamment participer au déplacement, selon la porte-parole de l'ambassade des Etats-Unis, Susan Stevenson.

Mercredi, le pouvoir chinois avait permis à un groupe de journalistes étrangers de se rendre à Lhassa pour la première fois depuis les violences du 14 mars. Mais la visite de trois jours, organisée par le gouvernement, a été marquée par un incident que l'encadrement pourtant strict n'a pas réussi à empêcher.

Alors que des responsables tenaient un point de presse au temple de Jokhang, l'un des plus sacrés du Tibet, une trentaine de moines bouddhistes habillés de leur robe rouge traditionnelle ont fait irruption pour réclamer davantage de liberté religieuse. "Ce que dit le gouvernement n'est pas vrai!", a lancé l'un d'eux, "Ils ont tué beaucoup de gens", a crié un autre. Au bout d'une quinzaine de minutes, les responsables gouvernementaux ont emmené les journalistes ailleurs.

Le vice-gouverneur du Tibet Baima Chilin a assuré aux reporters que les moines ne seraient pas punis, sans convaincre les organisations de défense des opposants du Tibet. La télévision d'Etat a diffusé des images de la visite de Jokhang, mais pas de l'incident.

Vendredi, au dernier jour de la visite des journalistes, un membre de l'Association bouddhiste dirigée par le Parti communiste au pouvoir a réitéré les accusations contre le dalaï lama et les moines. "Ils ont violé les lois du pays et les canons du bouddhisme, ils veulent politiser la pratique religieuse", a affirmé Drubkang (beaucoup de Tibétains n'utilisent qu'un seul nom).

A Lhassa vendredi, la police a bouclé le quartier musulman sans fournir d'explication. Seuls les habitants et les fidèles se rendant à la prière du vendredi pouvaient passer. Lors des violences anti-chinoises dans la ville deux semaines auparavant, des manifestants avaient incendié la mosquée et attaqué des commerces appartenant à des immigrés chinois musulmans, les Hui, qui contrôlent la plupart du commerce à Lhassa. On dénombre officiellement environ 1.500 musulmans à Lhassa.

Les forces de sécurité étaient très visibles aussi dans d'autres secteurs de la vieille ville, alors que des équipes s'employaient à effacer les traces des émeutes, qui avaient commencé par des manifestations pacifiques le 10 mars. Selon le gouvernement, les violences ont fait au moins 22 morts à Lhassa, mais les organisations de défense des Tibétains évoquent un bilan de près de 140 morts, dont 19 dans la province de Gansu. AP

st/v/nc