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Un procès engagé contre le gouvernement du Niger par femme qui affirme avoir été asservie pendant dix ans a débuté lundi devant un tribunal international. Il s'agit de la première affaire d'esclavage au Niger à être portée devant la justice.
Hadijatou Mani, âgée de 24 ans, accuse les autorités nigériennes de n'avoir rien fait pour empêcher son asservissement malgré les lois contre l'esclavage en vigueur depuis 2003.
Elle affirme avoir servi d'esclave sexuelle et de domestique à son maître pendant dix ans, et a porté sa plainte devant un tribunal régional de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), car elle "estime qu'elle ne peut obtenir une réparation équitable devant aucun tribunal au Niger", selon la coordinatrice Afrique de l'ONG Anti-Slavery International, Romana Cacchioli.
La jeune femme demande une réparation d'environ 100.000 dollars (60.000 euros), selon un de ses avocats, Ibrahim Kane, du Centre international de protection juridique des droits de l'Homme.
"Nous voulons nous assurer que ses souffrances prennent fin, et elle doit être compensée par l'Etat pour n'avoir rien fait pour y mettre un terme pendant si longtemps", a déclaré l'avocat.
Il s'agit du premier procès de son genre au Niger. Les jugements rendus par le tribunal régional sont contraignants pour les Etats-membres de la CEDEAO, et sa décision pourrait donc constituer un précédent dans la région pour ce qui est de la mise en oeuvre des lois anti-esclavage.
Interdites de par l'Afrique, des formes d'esclavage moderne persistent en effet en Mauritanie, au Niger et au Soudan, dans la région du Sahara. Les esclaves sont souvent asservis depuis la naissance, hérités ou nés au sein d'une caste discriminée, et travaillent tout au long de leur vie pour un clan ou une famille sans rémunération. Selon Anti-Slavery International, 43.000 personnes sont ainsi asservies au Niger.
"Malgré la criminalisation de l'esclavage en 2003, le gouvernement du Niger est accusé non seulement d'avoir échoué dans la protection de Hadijatou Mani de la pratique de l'esclavage, mais également de continuer à légitimer cette pratique par sa loi d'usage, qui est discriminatoire envers les femmes et en opposition directe avec son code pénal et sa Constitution", a commenté l'ONG dans un communiqué.
Selon Anti-Slavery, la jeune femme a été vendue à l'âge de 12 ans pour 500 dollars (300 euros). Elle a été forcée à effectuer des tâches ménagères et à travailler dans les champs, et elle a également servi d'esclave sexuelle ("sadaka") à son maître, "qui avait déjà quatre femmes et sept autres sadakas". Elle faisait également l'objet de violences.
Hadijatou a été libérée en 2005, son maître tentant apparemment d'en faire son épouse. Ce dernier affirme effectivement qu'elle est une de ses femmes. Un procès a également été engagé devant la justice nigérienne, dont le verdict est en attente. AP
mgh/v527/nc
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