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De Port-au-Prince à Manille en passant par Le Caire, des milliers de personnes manifestent contre la flambée des prix des matières premières alimentaires, poussant les institutions internationales telles que l'ONU et la Banque mondiale à s'interroger sur la politique alimentaire mondiale. Le président français Nicolas Sarkozy pourrait faire des annonces dans les prochains jours en matière d'aide aux pays en voie de développement, selon Xavier Darcos.
Plaidant pour un "New Deal pour une politique alimentaire globale", le président de la Banque mondiale Robert Zoellick a expliqué dimanche que "ce n'est pas seulement une question de besoins à court terme, aussi importants soient-ils". "Il s'agit aussi de s'assurer que les générations futures n'en paient pas elles aussi le prix".
Un rapport sur l'état de l'agriculture dans le monde, réalisé par près de 400 scientifiques et représentants de la société civile et du secteur privé, qui sera présenté mardi à l'Unesco, appelle à changer d'urgence les règles qui régissent l'agriculture moderne.
Une position défendue par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner qui proposait vendredi dans un tribune à "Libération" de "faire face aux émeutes de la faim", en "encourageant des réformes structurelles". "Nous devons privilégier les aides ciblées, encourager la production et soutenir la reconstitution des stocks alimentaires", soulignait M. Kouchner, qui annonçait "la mise en place immédiate d'un groupe de travail de haut niveau associant les ministères de l'Agriculture et des Affaires étrangères".
De plus, M. Sarkozy "fera des annonces" dans les "prochains jours" concernant les aides financières aux pays en voie de développement frappés par cette flambée des prix agricoles et alimentaires, a annoncé le ministre de l'Education Xavier Darcos. Le week-end dernier à Washington, la France a d'ores et déjà suggéré la création d'une "task force" internationale sous l'égide du Programme alimentaire mondial (PAM).
La première urgence est d'abord de renflouer le PAM, dont le déficit de financement atteint les 500 millions de dollars pour la fin du mois (316 millions d'euros), afin d'aider 89 millions de personnes. Touchant quelque 37 pays principalement en Afrique et en Asie, selon le dernier bulletin Perspectives de récoltes et situation alimentaire de la FAO, cette crise s'explique en effet par plusieurs facteurs de fond.
Le directeur général de l'organisation onusienne Jacques Diouf a évoqué une combinaison de facteurs ayant conduit à une forte hausse des prix, à savoir une production réduite due au changement climatique, les niveaux des stocks historiquement bas (moins de deux mois), une consommation plus grande de viande et de produits laitiers dans les économies émergentes comme la Chine et l'Inde, une demande accrue pour la production de biocarburants et le coût plus élevé de l'énergie et du transport.
"La facture des importations céréalières des pays les plus pauvres du monde devrait augmenter de 56% en 2007-2008 après une hausse significative de 37% en 2006-2007", a prédit la FAO, avec une augmentation de 87% du prix du soja sur une année, voire de 130% pour le blé.
Pour les pays à faible revenu et déficit alimentaire en Afrique, cette facture devrait bondir de 74%, selon la FAO.
Très inquiet, le directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn a prévenu que ces émeutes de la faim "pourraient s'étendre un peu partout". "Il pourrait y avoir un peu partout des situations intenables" et "cela va entraîner pour beaucoup de pays, notamment africains et asiatiques, des déséquilibres très importants de leur balance des paiements et de leur encadrement macro-économique".
"Si l'envolée de ces prix se poursuit, a dit M. Strauss-Kahn, "des milliers, des centaines de milliers de personnes vont être victimes de la faim. Des enfants souffriront de malnutrition, avec des conséquences pour toute leur vie".
Les "émeutes de la faim" ont d'ores et déjà provoqué la chute du Premier ministre haïtien, alors que certains pays comme la Thaïlande font surveiller les rizières contre les voleurs.
Et quand les gouvernements prennent des mesures au niveau national, comme des subventions sur les matières premières, cela peut avoir des conséquences ailleurs. Les restrictions sur les exportations de farine chinoise ont fait grimper les prix en Indonésie, selon la FAO. "Nous avons besoin d'une réponse à grande échelle que ce soit au niveau régional ou international", a confirmé Brian Halweil de l'Institut Worldwatch, qui se consacre à la recherche environnementale et au développement durable. "Tous les pays sont suffisamment liés aux marchés alimentaires mondiaux pour que ceci soit considéré comme une crise internationale". AP
ljg/div/mw
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