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Quelque 2,8 millions de Paraguayens étaient appelés aux urnes dimanche, pour des élections générales et surtout un scrutin présidentiel crucial: s'affrontent un ancien évêque charismatique qui veut mettre fin à 61 ans de règne du parti Colorado, et la candidate de ce dernier, qui aspire à devenir la première femme présidente du pays et la troisième élue en Amérique latine.
Les derniers sondages donnent Fernando Lugo, 56 ans, surnommé "l'évêque des pauvres", très légèrement en tête devant Blanca Ovelar (parti Colorado), et l'ancien chef des armées Lino César Oviedo.
L'ex-évêque se présente comme un David s'attaquant au "monstrueux Goliath" qu'est le parti Colorado, ancien parti unique omniprésent depuis 1947 et qui aura survécu à tout, démocratie et dictature, dans ce pays enclavé, indien et paysan, exportateur de soja et de coton, le plus pauvre d'Amérique latine après la Bolivie.
Il y a huit mois, Lugo a rassemblé autour de lui 20 organisations, entre syndicats, mouvements sociaux, indiens et paysans, et le Parti libéral radical authentique (PLRA, principal parti d'opposition), pour former l'Alliance patriotique pour le changement (APC).
"L'heure du changement est arrivée, n'ayez pas peur!", lançait le candidat à la barbe grise, en espagnol et en guarani il y a peu au cours d'un meeting, citant la bible, pied nus dans des sandales traditionnelles.
Son Alliance constitue le principal défi au parti Colorado depuis le retour d'une chaotique démocratie en 1989, après les 35 ans de la sanglante dictature du général Alfredo Stroessner, mort en exil en 2006 à 93 ans.
Cette possibilité d'alternance, alors que le changement s'est emparé de toute la région, intervient dans un pays désenchanté, où l'économie est toujours aux mains des élites et marquée par la corruption.
Quelque 43% des 6,5 millions de Paraguayens vivent sous le seuil de pauvreté, le chômage est officiellement à 13% de la population active, et le pays fournit d'immenses contingents de migrants économiques, vers l'Argentine ou vers l'Espagne.
Blanca Ovelar, 50 ans, ancienne ministre de l'éducation, désignée par le président sortant Nicanor Duarte, affirme qu'elle modernisera le conservateur et élitiste parti Colorado, puissante machine clanique, et dans la foulée le pays, dans une optique plus centriste que ses consoeurs argentine Cristina Fernandez et chilienne Michelle Bachelet.
Refusant de porter "tous les péchés de 60 ans de coloradisme", elle promet d'apporter sa sensibilité propre à un "pays clairement machiste", et s'en prend à Lugo pour ses démêlés avec le Vatican.
Dans un pays catholique, Lugo a en effet démissionné en décembre 2006, la constitution paraguayenne interdisant aux membres du clergé d'entrer en politique. Depuis, l'Eglise catholique refuse toujours de reconnaître sa démission.
"S'il est comme ça avec Dieu, comment sera-t-il avec le peuple paraguayen?", s'interroge Mme Ovelar.
Le règne du parti Colorado, parti unique, commença en 1947, pour un maintien au pouvoir ininterrompu qui est le plus long d'Amérique latine: seul parti autorisé sous la dictature, le Colorado a remporté toutes les élections depuis la chute de Stroessner.
Se disant influencé par la théologie de la libération mais ni de droite ni de gauche, Lugo cherche à rassurer, notamment les classes moyennes, face au discours "officialiste", qui a tenté de susciter la peur, agitant le spectre d'une transformation du Paraguay en "nouvelle Cuba", mettant notamment en avant la volonté de réforme agraire radicale de Lugo. Ce dernier veut régler le calvaire de plus de 300.000 familles sans terre, qu'il a bien connu dans son ancien diocèse de San Pedro, dans l'une des régions les plus pauvres du pays.
Le président sortant Duarte accuse aussi Lugo de vouloir s'allier au Vénézuélien Hugo Chavez, et affirme que des "agitateurs" sont venus d'Equateur et du Venezuela pour le scrutin.
"Chavez est un militaire et je viens de la religion", expliquait Lugo à la presse l'année dernière. "Ma candidature est issue de la demande du peuple, elle a vu le jour différemment que celle d'Hugo Chavez".
Le troisième homme, parmi cinq autres candidats de second plan, pourrait être l'ancien chef des armées, candidat indépendant, emprisonné dix ans pour une tentative de putsch en 1996, acquitté l'année dernière.
Les Paraguayens doivent également élire 80 députés, 45 sénateurs, 17 gouverneurs, 18 membres du parlement du Mercosur et des responsables locaux. AP
nc/v
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