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actu & culture


PEKIN - mardi 22 avril 2008 à 17h23

Le titre de "citoyen d'honneur" de Paris au Dalaï lama est "une nouvelle insulte", selon Pékin



La Chine semble choisir d'une part l'apaisement avec la France, mais d'autre part le durcissement pour tout ce qui touche au Dalaï lama: Pékin a estimé mardi que l'octroi la veille du titre de "citoyen d'honneur" de la Ville de Paris au Dalaï lama était "une nouvelle insulte", tout en saluant les efforts faits par le gouvernement pour calmer le jeu.

Réagissant à la citoyenneté d'honneur accordée au Dalaï lama, proposée par le maire socialiste Bertrand Delanoë et adoptée lundi par le conseil de Paris, Pékin a jugé que "cet acte est une interférence injustifiée dans les affaires intérieures chinoises et porte gravement atteinte aux relations entre la Chine et la France" et plus particulièrement entre Paris et Pékin,

Cette décision sera "uniquement considérée comme une nouvelle insulte contre les 1,3 milliards de Chinois, Tibétains compris", a ajouté dans un communiqué la porte-parole de la diplomatie chinoise Jiang Yu.

Et d'exhorter la France à "effacer l'impact négatif de son action erronée" et à "arrêter de soutenir les forces indépendantistes tibétaines et de faire preuve de complaisance à leur égard".

Pour ce qui est du reste, Pékin semble mettre de l'eau dans son vin, après les paroles dures à l'égard de la France, dans le collimateur pour cause de passage chaotique du relais de la flamme olympique à Paris et de déclarations sur un éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture des Jeux.

Les manifestations du week-end contre les magasins Carrefour en Chine étaient "encourageantes et touchantes", a ajouté la porte-parole de la diplomatie chinoise, ajoutant cependant: "nous ne sommes pas d'accord avec les actions radicales de certains".

"Nous espérons que la partie française pourra répondre positivement aux aspirations du peuple chinois afin que nos relations bilatérales puissent avancer paisiblement et de manière saine", a-t-elle ajouté.

La Chine a été semble-t-il particulièrement touchée par la lettre adressée par le président français à Jin Jing, qui a invité à revenir en France cette athlète handicapée bousculée pendant le relais, et devenue pour les Chinois "l'ange souriant en fauteuil roulant".

"Ce geste amical du président Sarkozy est apprécié par le peuple chinois", selon la porte-parole.

A Paris, la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères Pascale Andreani notait pour sa part l'existence d'"une volonté d'apaisement, une volonté de dialogue", disant la ressentir "également du côté chinois": "nous espérons que la situation va très vite retourner à l'apaisement", a-t-elle ajouté.

Sur la citoyenneté d'honneur accordée au Dalaï lama, Pascale Andreani a estimé que le gouvernement n'avait "pas à interférer avec des décisions qui sont prises" par la Ville de Paris, "ni interférer dans les relations qui peuvent avoir lieu entre la Ville de Paris et des interlocuteurs tiers".

Mais si le ton général s'adoucit, la Chine soulignant "donner de la valeur et chérir" sa relations bilatérale avec la France, Pékin semble donc bien avoir fixé sa ligne rouge, celle des relations avec les autorités tibétaines en exil: outre la vive réaction envers Paris, Pékin a également dénoncé la rencontre entre la sous-secrétaire d'Etat américaine Paula Dobriansky et le chef spirituel des Tibétains.

"C'est une violation sérieuse des normes élémentaires des relations internationales et une interférence dans nos affaires intérieures", a déclaré Jiang Yu au cours de son point presse. Et d'exhorter Washington à "cesser de soutenir la clique du Dalaï lama dans ses activités séparatistes afin de ne pas porter atteinte aux relations bilatérales ou à l'image-même des Etats-Unis".

Pékin n'a en revanche pas mentionné le cas de Hu Jia, militant chinois des droits de l'homme, qui s'est pourtant lui aussi vu décerner le même titre de "citoyen d'honneur" de Paris que le chef spirituel tibétain en exil. Le dissident a été condamné le 3 avril à trois ans et demi de prison pour "incitation à la subversion au pouvoir de l'Etat". AP

nc/v/lp