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actu & culture


TOKYO - samedi 03 mai 2008 à 08h35

Sanctuaire de Yakusuni: un documentaire s'attaque au tabou japonais


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Symbole du passé militariste du Japon et sujet de dispute entre les nationalistes et les voisins asiatiques de l'archipel, le sanctuaire de Yasukuni revient sur le devant de la scène avec la première samedi d'un documentaire qui indigne la droite en abordant l'un des derniers tabous nippons.

"Yasakuni" revient sur le 15 août 2005, quand des milliers de personnes se sont rendues au temple pour marquer le 60e anniversaire de la reddition de Tokyo pendant la Deuxième Guerre mondiale. Or des criminels de guerre figurent parmi les 2,5 millions de Japonais tombés au combat entre la fin du XIXe siècle et 1945, auxquels ce mémorial rend hommage.

Rien d'étonnant donc à ce que le film ait soulevé une polémique telle qu'une forte présence policière a été déployée pour sa projection samedi à Tokyo. Et ce, d'autant plus que le documentaire, qui a reçu 7,5 millions de yens (€46.420; US$73.500) d'une agence liée au gouvernement, a été réalisé par un citoyen chinois et comprend des images très crues de soldats japonais exécutant des civils.

"C'est un film anti-Japon et une insulte à Yasukuni ainsi qu'à notre dévotion" au sanctuaire, a lancé Hiroshi Kawahara, chef du groupe nationaliste Doketsusha. "Mais la dignité de Yasukuni ne peut pas être ébranlée par un film comme celui-ci", a-t-il assuré.

Le documentaire cependant s'efforce d'aborder tous les aspects de la controverse, ravivée ces dernières années par les visites de l'ancien Premier ministre japonais Junichiro Koizumi au temple. Le nouveau chef du gouvernement, Yasuo Fukuda, 71 ans, favorable à un resserrement des relations avec la Chine, est opposé à de telles démonstrations qui soulèvent chaque fois l'indignation de Pékin.

Les nationalistes et plus largement de nombreux conservateurs considèrent la visite au sanctuaire comme un hommage légitime à ceux qui sont tombés à la guerre, tandis que les pacifistes et les victimes de l'agression japonaise, comme la Chine et les deux Corée, dénoncent une glorification du militarisme. Ils y voient aussi un symbole de l'échec de Tokyo à tourner complètement la page de son impérialisme passé dans la région.

La dispute a bien failli faire annuler la première de "Yasukuni". Initialement prévue pour le 12 avril, elle a été reportée par le producteur devant les menaces de violences de l'extrême droite, qui a incité plusieurs cinémas de la capitale à renoncer à la projection.

Pour les défenseurs du documentaire, l'affaire démontre la difficulté d'ouvrir un débat dans un pays où la liberté d'expression se heurte facilement à la violence et l'embarras. On parle difficilement du temple de Yasukuni, de la famille impériale ou des conquêtes du Japon pendant la guerre.

"Yasukuni", qui a été projeté dans des festivals internationaux tels que ceux de Sundance et de Berlin, sera diffusé dans 23 salles à travers le Japon, a précisé le distributeur, Argo Pictures. A la mi-journée samedi, aucun incident n'avait été signalé aux séances à guichet fermé de Tokyo, a-t-il ajouté. "Ce n'est pas anti-japonais, c'est anti-guerre", a déclaré à la sortie une spectatrice de 62 ans, Midori Matsuoka, actrice. "Après avoir vu le film, je pense que je devrais en apprendre plus sur l'histoire de mon propre pays."

"C'est un test de la capacité du Japon à surmonter le problème de Yasukuni, à développer une fierté saine et devenir une nation véritablement civilisée", estime le réalisateur, Li Ying, Chinois installé au pays du Soleil levant depuis près de 20 ans. AP

st/v72




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