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actu & culture


PARIS - samedi 03 mai 2008 à 15h00

Diplomatie: la révolution sarkoziste n'a pas eu lieu



En matière de politique étrangère aussi, Nicolas Sarkozy avait annoncé une "rupture": la fin d'une "realpolitik" qui oubliait les droits de l'Homme au nom des contrats, l'abolition de la "Françafrique" et le retour dans la "famille occidentale" avec la réconciliation avec les Etats-Unis. Un an plus tard, le grand chambardement n'a pas eu lieu, le président ayant davantage procédé à des inflexions qu'à une révolution.

Les seules véritables innovations introduites par Nicolas Sarkozy sont son projet d'Union pour la Méditerranée, dont il s'est fait l'avocat inlassable et qu'il doit porter sur les fonts baptismaux le 13 juillet à Paris, et la "diplomatie nucléaire": la France vend désormais des réacteurs à tour de bras, y compris à des pays comme la Libye.

Sur la question des droits de l'Homme en revanche, l'heure n'est plus à la rupture avec son prédécesseur Jacques Chirac.

"Je ne crois pas à la realpolitik, celle qui fait échanger ses principes contre des contrats", lâchait Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle. Un an plus tard, le ton est nettement plus conciliant, avec Pékin et Moscou notamment.

En décembre, Nicolas Sarkozy décroche ainsi son téléphone pour féliciter Vladimir Poutine, au moment où la communauté internationale dénonçait les conditions dans lesquelles s'étaient tenues les élections législatives russes, remportées par le parti présidentiel.

Le tapis rouge déroulé en décembre en l'honneur du leader libyen Moammar Kadhafi provoque aussi une violente polémique. Et lorsque la répression au Tibet suscite une vague d'indignation quelques mois avant la tenue de Jeux Olympiques à Pékin et que les appels au boycott de la cérémonie d'ouverture des JO se multiplient, Nicolas Sarkozy tergiverse, hésite. D'abord silencieux, il finit par appeler Pékin à la "retenue". La question d'un éventuel boycott ou d'une rencontre avec le dalaï lama n'est pas encore officiellement tranchée.

Lors d'une visite en Tunisie fin avril, le président français estime par ailleurs que "l'espace des libertés progresse" dans ce pays, au grand dam des associations de défense des droits de l'Homme.

"Cette diplomatie de la réconciliation n'est en rien une diplomatie de la complaisance", affirmait le 18 janvier le président français devant les ambassadeurs en poste à Paris réunis à l'Elysée. "La France doit dialoguer avec tout le monde", martelait-il.

La "Françafrique" semble quant à elle avoir encore de beaux jours devant elle. Après son discours controversé sur "l'homme africain" à Dakar -qui a laissé des traces en Afrique-, Nicolas Sarkozy a réaffirmé en février à Johannesbourg sa volonté d'une "nouvelle politique africaine de la France": il a notamment lancé une vaste remise à plat des accords de Défense.

Mais Paris a été critiqué pour son soutien militaire indirect au régime tchadien lors de l'offensive rebelle début février, alors que le président Idriss Déby est accusé d'en avoir profité pour se livrer à une chasse aux opposants.

Le portefeuille de la Francophonie a par ailleurs été retiré lors du dernier remaniement à Jean-Marie Bockel, rétrogradé au rang de secrétaire d'Etat aux Anciens combattants après avoir regretté publiquement que la "rupture" dans les relations entre la France et l'Afrique "tarde à venir".

Autre axe affiché de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy: la volonté de replacer la France "au sein de sa famille occidentale". Le début de son mandat s'est de fait traduit par un net réchauffement des relations avec les Etats-Unis.

Le président français a durci le ton vis-à-vis de l'Iran -sans changer de position sur le fonds-, envoyé le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner à Bagdad -tout en se gardant de s'impliquer directement dans ce dossier miné- et décidé de renforcer le contingent français en Afghanistan.

La France pourrait aussi décider de revenir au sein du commandement intégré de l'OTAN, que le général de Gaulle avait décidé de quitter. Ce retour serait surtout symbolique, la France étant de toute façon un des premiers contributeurs aux opérations militaires de l'Alliance.

Sur la scène européenne, l'élection de Nicolas Sarkozy s'est traduite par un net retour de la France, condamnée à l'immobilisme depuis 2005 après le "non" des Français au référendum sur la Constitution européenne. Le chef de l'Etat a débloqué le débat institutionnel avec l'adoption du "traité simplifié" européen.

Paris défend désormais une "véritable préférence communautaire" en matière commerciale, dénonce l'euro fort et la politique de la Banque centrale européenne, au risque d'agacer Berlin, traditionnellement attachée à l'orthodoxie monétaire. Et ce d'autant plus que la France fait figure de mauvaise élève sur le plan budgétaire, alors qu'elle doit prendre en juillet la présidence de l'Union. AP

co/sb