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Alors que le pouvoir s'attache à donner des signes d'une ouverture relative à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse célébrée samedi, l'opposition n'en démord pas: la situation de la presse "se dégrade".
"Loin de s'améliorer, elle régresse", selon le chef du Forum démocratique pour les libertés et le travail (FDLT), une formation de l'opposition légale. Il en veut pour preuve la grève de la faim menée depuis une semaine par deux journalistes opposants.
Face aux critiques qui l'accusent de "museler la presse", le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a lancé un appel aux journalistes les exhortant à bannir "toute forme d'autocensure et de censure externe".
Dans un message adressé au syndicat des journalistes tunisiens et à l'association des directeurs de journaux, il les a pressés de faire preuve de "plus d'audace" dans le traitement des différents sujets pour "être plus proche des préoccupations des citoyens et de leurs aspirations".
Le président Ben Ali, qui a reçu un satisfecit en matière de libertés de son homologue français Nicolas Sarkozy lors de son récent voyage en Tunisie, a fait part de sa "volonté de garantir le droit de chaque citoyen à une information libre et sincère, et de diffuser les droits de l'Homme et les libertés fondamentales, dans le texte comme dans la pratique".
Pour Ben Ali, une telle action doit néanmoins être sous-tendue par "l'attachement à l'intérêt supérieur de la nation et l'allégeance à la Tunisie, et à elle seule".
Parallèlement, les chaînes de télévision publique "Canal 7" et privées "Hannibal" brisaient un tabou en diffusant deux débats contradictoires sur le dossier de la presse, une initiative jugée insuffisante parce que sélective, par la chef du Parti progressiste démocratique (opposition légale), Maya Jribi. Son parti tout comme le FDLT en étaient en effet exclus.
Bien que ne signifiant pas à ses yeux un changement de cap du pouvoir, Mme Jribi, première femme à diriger un parti politique en Tunisie, y voit néanmoins "un début" qu'elle "espère voir se poursuivre".
Elle a rendu un hommage appuyé au nouveau syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) pour "le rôle positif qu'il joue pour la défense de la profession et son honneur".
Une "déclaration de Tunis sur la liberté de la presse" distribuée lors d'une conférence de presse organisée par le FDLT, le PDP et des personnalités du "comité du 18 octobre pour les droits et les libertés", souligne cependant que cette situation "continue de se caractériser par le verrouillage et l'intransigeance".
Pour y remédier, ses auteurs revendiquent la suppression du code de la presse et sa substitution par un autre qui soit "libéral et dépourvu de sanctions de privation de la liberté".
Ils préconisent en outre la création d'un conseil de l'audiovisuel où toutes les parties seraient représentées, et réclament la cessation "des pressions et harcèlements sécuritaires des personnes et des organisations" opérant dans le champ des libertés, ainsi qu'une "répartition équitable de la publicité publique" et la généralisation de la subvention de l'Etat à tous les journaux de l'opposition sans exclusive.
Dans le même temps, les deux journalistes opposants du PDP, Rachid Khéchana et Mongi Ellouze, en grève de la faim, affichaient leur détermination à poursuivre leur mouvement jusqu'à la satisfaction de leurs doléances.
Ils ont cessé de s'alimenter depuis une semaine pour protester contre les entraves dont leur journal "Al Mawkef" fait l'objet, selon eux, et pour "défendre la liberté de la presse".
"Nous n'arrêteront notre grève que si ces entraves cessent, le gel du compte du journal est levé et que l'affaire engagée devant la justice contre les responsables d'Al Mawkef est retirée", a martelé devant la presse, le rédacteur en chef, M. Khéchana dont l'état de santé et celui de son collègue sont jugés "préoccupants". AP
bb/jp
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