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actu & culture


MOSCOU - lundi 05 mai 2008 à 16h12

Russie: Dimitri Medvedev succède mercredi à Vladimir Poutine



Dimitri Medvedev, 42 ans, sera investi mercredi à la présidence russe, où il devra composer avec un Premier ministre aux pouvoirs renforcés, qui ne sera autre que son mentor et protecteur Vladimir Poutine. De quoi nourrir les interrogations sur la future répartition des rôles entre les deux têtes de l'exécutif.

Medvedev, héritier désigné puis élu du président sortant, Vladimir Poutine, prend ses fonctions mercredi. L'occasion d'une cérémonie qui marquera le début de trois jours de célébrations, avec le lendemain la nomination de Poutine au poste de Premier ministre, puis le défilé annuel du 8-mai sur la Place Rouge.

Le mouvement d'opposition L'Autre Russie, qui accuse Poutine d'avoir d'étouffé la démocratie et considère l'élection de Medvedev comme une farce, entend organiser une manifestation à Moscou mardi, malgré le refus de la ville d'autoriser le rassemblement. Le groupe affirme également que les autorités ont renforcé la surveillance de ses dirigeants, l'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov et Edouard Limonov.

Conseiller et ami de longue date de Vladimir Poutine, Medvedev arrive à la tête du plus grand pays de la planète, l'un des plus riches en ressources naturelles, une nation à l'histoire particulièrement tourmentée. En décembre, Poutine avait désigné comme successeur celui qui était alors vice-Premier ministre, alors même que ce dernier n'avait jamais occupé aucun mandat électif. Le Kremlin lui a préparé le terrain pour une élection sans difficulté en mars.

Medvedev a promis de "compléter et développer" les politiques de son prédécesseur, tout en montrant quelques velléités d'indépendance. Plus jeune dirigeant de Russie depuis près d'un siècle, il a promis de renforcer l'Etat de droit, de maîtriser la bureaucratie et de réduire le rôle de l'Etat dans l'économie. Plus surprenant, il a rejeté l'idée, populaire au Kremlin, que la Russie a besoin d'une démocratie "dirigée" en raison de ses spécificités culturelles et historiques.

Ces prises de position peuvent être perçues comme des critiques implicites du bilan de Poutine, marqué par une bureaucratie croissante, un rôle accru des entreprises publiques et le musellement de l'opposition.

S'il veut changer de cap, Medvedev risque de se heurter aux intérêts des bureaucrates et hauts responsables du gouvernement, dont beaucoup sont des vétérans du défunt KGB et d'autres agences de sécurité. Certains se seraient considérablement enrichis sous l'ère Poutine.

Yevguenia Albats, commentatrice et animatrice d'une émission de radio, prédit des luttes de pouvoir au sein du nouvel exécutif bicéphale. "Une chose est claire. Nous sommes entrés dans une période de profonde instabilité dans le pays", dit-elle.

Medvedev arrive à la présidence dans une période de tensions avec l'Occident et l'OTAN, tandis que sur le plan intérieur la situation économique pourrait se dégrader. Le salaire moyen en Russie a été multiplié par huit durant les deux mandats de Poutine, passant de l'équivalent de 52 euros par mois à 414 euros et favorisant l'émergence d'une nouvelle classe moyenne. Et le produit intérieur brut a été multiplié par six.

Mais la prospérité russe repose sur quelques piliers seulement: pétrole, gaz, métal et bois. Des secteurs qui pourraient souffrir, si comme certains le prévoient, le ralentissement économique mondial s'aggrave.

Et Medvedev ne va hériter que d'une partie du pouvoir de son prédécesseur. Poutine a déjà élargi les prérogatives du poste de Premier ministre, et en tant que chef de Russie unie, le parti dominant, il contrôle le Parlement.

Durant la plus grande partie de sa carrière, Medvedev s'est attaché à réaliser les objectifs de Poutine. Même à la tête de Gazprom, le géant gazier contrôlé par l'Etat, il était considéré non comme un donneur d'ordres mais plutôt comme un exécutant.

Reste que le serviteur loyal, avocat de formation, semble désormais avoir des ambitions personnelles. "C'est le président qui fixe les grandes lignes en politique intérieure et étrangère", déclarait-il en mars au "Financial Times". "Il est le commandant en chef, il prend les décisions clés sur la formation de l'exécutif, il est le garant des droits et libertés des citoyens russes."

Il veut être président, pas simplement une figure de proue, commente Dimitri Trenine, du Centre Carnegie de Moscou, mais "il est difficile de dire s'il peut devenir président à part entière." En fait, la Russie pourrait bien être sur le point d'entrer dans une période où l'essentiel du pouvoir n'est plus à la présidence. Pour Mme Albats, il est difficile de savoir "si nous allons avoir un nouveau président ou un président fantoche". AP

lma/v/nc