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Les élections législatives de dimanche en Serbie, qui font s'affronter pro-européens et nationalistes soutenus par Moscou, s'annoncent cruciales pour l'avenir du pays. D'ores et déjà tous les regards se portent sur le Premier ministre sortant Vojislav Kostunica, dont le parti populiste devrait arbitrer le scrutin.
Meneur du mouvement populaire démocratique qui a renversé le président serbe Slobodan Milosevic en 2000, Vojislav Kostunica a depuis viré nationaliste, faisant obstacle à l'intégration du pays dans l'Union européenne. Or son Parti démocratique de Serbie (DSS) est crédité de 12% des voix dans des sondages, alors que le Parti radical de Serbie (SRS) de Tomislav Nikolic et le Parti démocrate (DS) du président Boris Tadic se trouvent à égalité avec respectivement 34% et 33% des intentions de vote. Sa position sera décisive dans la formation du prochain gouvernement.
Le Premier ministre âgé de 64 ans s'est gardé de prendre parti publiquement mais son numéro deux dans la coalition, Velimir Ilic, annonce la couleur: "Nous ne formerons plus jamais un gouvernement avec des traîtres comme Tadic. Les radicaux sont la meilleure solution, alors pourquoi pas?"
Tomislav Nikolic se montre tout aussi clair. "Il n'y a que deux scénarios post-élections: notre coalition avec Kostunica ou une autre élection si cette coalition n'est pas formée", déclare-t-il à l'Associated Press. "Nos visions de l'avenir de la Serbie sont presque identiques, nous ferions un gouvernement fort!"
La déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo le 17 février dernier a renforcé le courant nationaliste dans ce pays de 6,7 millions d'habitants. Belgrade soutenu par Moscou refuse en effet d'admettre la sécession de sa petite province du sud, décrite comme le berceau de la civilisation serbe, alors que la plupart des pays occidentaux la considèrent comme la seule solution possible pour le Kosovo.
Les nationalistes bénéficient également du mécontentement des Serbes face au chômage, qui frappe 30% de la population active, l'inflation et la corruption. Vojislav Kostunica comme Tommy Nikolic en concluent que la Serbie devrait oublier un temps ses ambitions européennes pour établir des relations politiques et économiques étroites avec le grand frère russe.
Dans ce contexte, l'Union européenne mise sur Boris Tadic et a signé un accord de pré-adhésion avec la Serbie la semaine dernière pour donner envie aux électeurs de voter pro-européen. Pour les nationalistes, le président n'est ni plus ni moins qu'un "traître" qui a ainsi "signé pour un Kosovo indépendant" et s'est soumis aux Etats-Unis et à l'UE. "La Serbie a besoin d'un gouvernement nationalement responsable qui dira au monde que le Kosovo est serbe et le restera", a lancé M. Kostunica.
Ce à quoi M. Tadic a rétorqué que le scrutin de dimanche "sera un référendum pour décider si la Serbie intégrera l'Union européenne ou retournera à son isolement et son désespoir général". Et de promettre malgré son manque de pouvoir en la matière que M. Kostunica, président de transition et deux fois chef du gouvernement depuis 2000, "ne sera plus jamais Premier ministre".
Il n'est pas le seul à craindre l'isolement de la Serbie en cas d'alliance entre le DSS et les Radicaux. "Ils veulent nous draper de noir, construire un Mur de Berlin entre nous et l'Union européenne, tout cela au prétexte de lutter pour le Kosovo", estime Vuk Draskovic, ancien ministre des Affaires étrangères et farouche opposant au régime Milosevic dans les années 1990. "Ce serait un cauchemar, de se réveiller le 12 mai pour voir que ceux que j'ai combattus pendant vingt ans sont revenus au pouvoir." AP
st/v/tl
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