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Malgré les ravages causés par le cyclone Nargis, la Birmanie était poussée aux urnes samedi pour un référendum controversé dont l'objectif est de renforcer le pouvoir de la junte. Une semaine après la catastrophe qui a fait des milliers de morts et disparus, le régime n'accepte l'aide étrangère qu'au compte-gouttes.
Imperméable aux critiques de l'opposition et des organisations des droits de l'homme, qui y voient une opération de légalisation du pouvoir militaire, la junte a maintenu la consultation sur une nouvelle constitution malgré le chaos. Même si le scrutin a été reporté au 24 mai dans les régions les plus touchées par le cyclone, dont le delta de l'Irrawaddy et la capitale économique Rangoon.
Dans le même temps, à des fins de propagande et pour faire croire que l'aide vient des militaires birmans, la junte s'est accaparée les premières cargaisons d'aide de l'ONU, qui a néanmoins dépêché trois appareils supplémentaires. Le gouvernement a accepté la venue lundi d'un autre avion-cargo d'aide d'urgence, américain celui-ci. Mais refuse toujours l'entrée aux spécialistes étrangers des catastrophes.
La télévision d'Etat diffuse en boucle des images de cérémonies soigneusement orchestrées, au cours desquelles des généraux, y compris le chef de la junte Than Shwe, distribuent des cartons d'aide aux survivants.
"Nous avons vu des commandants régionaux mettre leur nom sur des livraisons venues d'Asie, disant que c'est leur cadeau, et les distribuant", explique Mark Farmaner, directeur de la Campagne pour la Birmanie-Grande Bretagne. Et cette aide n'arrive pas dans les zones les plus affectées, ajoute-t-il.
Selon les bilans officiels, le cyclone du 3 mai a fait 23.335 morts et 37.019 disparus, rayant de la carte des villages entiers du delta de l'Irrawaddy. Les agences humanitaires internationales craignent que le bilan dépasse les 100.000 morts.
L'ONU estime qu'entre un million et demi et deux millions de Birmans sont concernés. Pour l'instant, d'après la Croix-Rouge, les responsables des secours n'ont pu atteindre que 220.000 survivants. Une situation aggravée par l'absence sur le terrain de personnels expérimentés et de matériel d'assistance.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé qu'un avion transportant 35 tonnes d'aide à quitté Genève vendredi soir à destination de la Birmanie. Selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), deux camions transportant une vingtaine de tonnes de tentes et bâches plastiques sont entrés samedi en Birmanie en provenance de Thaïlande.
Mais de nombreuses ONG, souligne l'ONU, attendent toujours les autorisations du gouvernement birman de laisser entrer convois et personnels en plus grand nombre.
Si la junte s'obstine à bloquer l'entrée d'équipes spécialisées, la "deuxième phase", celle de l'explosion d'épidémies, paludisme, diarrhées, choléra, affections respiratoires, pourrait être aussi meurtrière que le cyclone lui-même, faute d'eau potable et à cause de l'accumulation des cadavres, redoute Richard Horsey, porte-parole des opérations humanitaires de l'ONU. C'est une "course contre la montre", dit-il, d'autant qu'on prévoit l'arrivée de nouvelles pluies diluviennes.
Pendant ce temps, la junte organise ce qu'elle qualifie de première étape de son "chemin vers la démocratie": les Birmans votent pour une nouvelle constitution, les généraux affirmant que ce référendum sera suivi en 2010 d'élections générales.
En vertu du projet, 25% des sièges du Parlement seraient réservés à l'armée, à laquelle le président pourrait remettre tous les pouvoirs en cas d'état d'urgence. Il interdirait aussi tout mandat électif à la "dame de Rangoon", Aung San Suu Kyi, dirigeante du mouvement démocratique toujours en résidence surveillée.
Dix-huit ans après les dernières élections dont les résultats ont été rejetés par la junte, quelque 27 millions d'électeurs sont appelés aux urnes sur 57 millons d'habitants. Les résultats définitifs ne sont pas attendus avant deux semaines.
La terreur qu'inspirent les militaires, aux commandes depuis 1962, est si forte qu'on s'attend à peu de "non" sur les bulletins de vote. Selon la rumeur, le résultat du référendum a d'ailleurs déjà été fixé, à 84,6% de "oui".
Aye Aye Mar, femme au foyer de 36 ans, s'affole quand on lui demande si elle pense qu'il y aura des votes "non". Regardant autour d'elle avec inquiétude de peur d'être vue, elle glisse dans un murmure: "Un seul 'non' ne fera aucune différence". Puis ajoute, cette fois haut et fort: "je dis 'oui' à la constitution".
"Je n'ai pas lu le projet de constitution, mais le gouvernement ne fera jamais rien de mal ou d'inadapté pour le pays", lance Nyo Aye, 65 ans, soldat retraité, votant à Hlegu (30km au nord de Rangoon). Mais dans cette ville de 130.000 habitants, la participation semblait plutôt réduite, malgré les appels à voter diffusés par haut-parleurs.
Alors que quelque 500 opposants manifestaient samedi contre la tenue du scrutin en Malaisie voisine, le mouvement en faveur de la démocratie mené fin 2007 par les moines bouddhistes a appelé à voter "non". Le "X" qui signifie "non" sur les bulletins, est devenu un symbole, que l'on peut voir fleurir au matin sur les murs des lieux publics, tagués à la faveur de la nuit. AP
nc/v/cr/ll/v0224
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