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S'adressant à la nation pour la première fois depuis le début des nouvelles violences, le Premier ministre libanais Fouad Siniora a accusé samedi le Hezbollah et ses alliés chiites d'Amal de mener un coup d'Etat contre la démocratie au Pays du Cèdre, appelant l'armée à rétablir l'ordre et à désarmer les miliciens.
Dans ce premier discours depuis les affrontements qui ont débouché sur la prise par le Parti de Dieu de la quasi-totalité du secteur ouest de la capitale libanaise, Fouad Siniora a affirmé que le gouvernement ne pouvait plus accepter que le Hezbollah garde ses armes. Sans pour autant envisager un désarmement par la force.
Les déclarations sans concessions du Premier ministre risquent de conduire à un durcissement du bras de fer entre l'opposition pro-syrienne et la majorité pro-gouvernementale.
Fouad Siniora a appelé l'armée "une fois de plus à imposer la sécurité à tous, dans toutes les zones, à dissuader les hommes armés et à leur faire quitter immédiatement les rues (...) pour un retour à la normale".
Malgré sa dureté de ton, le gouvernement, qui a perdu du terrain lors des combats des derniers jours, semble incapable d'agir contre le Hezbollah, et de faire pression sur l'armée. Cette dernière, multiconfessionnelle, est restée en dehors des combats, se déployant ces dernières 24 heures pour assurer la protection des chefs de faction de la majorité, retranchés dans leurs bastions, Siniora lui-même au siège du gouvernement. Mais l'armée n'a pas levé le petit doigt contre les miliciens chiites -Hezbollah et Amal, qui se sont emparés d'une bonne partie des quartiers musulmans, en en chassant sunnites et druzes favorables au gouvernement.
"Nous ne pouvons plus accepter que le Hezbollah et ses armes continuent ainsi. Les Libanais ne peuvent plus continuer à accepter cette situation", a lancé Siniora. Tout en ajoutant que l'avenir de cet armement devait être résolu par les institutions d'Etat et le dialogue.
Il est improbable en effet d'envisager de désarmer la milice du Parti du Dieu, qui a combattu Israël lors de la guerre de l'été 2006, et conservé depuis son important arsenal.
Mais Siniora a lâché du lest dans l'affaire ayant déclenché toute la crise: il a affirmé que la décision de déclarer illégal le réseau de communications du Hezbollah n'avait pas été officiellement prise, et qu'elle serait mise entre les mains de l'armée. Reste qu'une offre similaire présentée par le chef de la majorité Saad Hariri a déjà été rejetée par le Hezbollah.
Alors que le calme semblait revenir dans une capitale qualifiée d'"assiégée" et d'"occupée" par Siniora, au moins deux personnes ont été tuées et six autres blessées samedi dans une fusillade visant un cortège funèbre dans un quartier sunnite de Beyrouth-ouest.
Signe de la tension extrême entre communautés dans ce secteur à majorité musulmane, les tirs ont éclaté dans le quartier de Tarik Jdidé alors qu'environ 200 personnes se dirigeaient vers un cimetière pour enterrer un homme de 24 ans tué ces derniers jours.
La police a affirmé avoir arrêté l'auteur de la fusillade: selon les témoins, il s'agit d'un commerçant chiite, qui a sorti son arme lorsque les personnes participant à la procession sont passées devant sa boutique en scandant des insultes à l'adresse des chefs du Hezbollah. Après la fusillade, la foule a investi son commerce, y mettant le feu, avant de caillasser un autre magasin.
Tarik Jdidé est un bastion des partisans sunnites de Saad Hariri, chef du Courant du Futur. Lors des affrontements qui ont débuté mercredi, les miliciens chiites ne s'en sont pas pris à ce quartier.
Dans la nuit, les violences, qui se sont déplacées à l'extérieur de la capitale, ont fait huit morts dans des combats entre militants du Hezbollah et partisans du leader druze anti-syrien Walid Joumblatt à Aley, dans le secteur montagneux à l'est de Beyrouth. Ce qui, avec les victimes de la fusillade de samedi, porte à 25 le nombre de morts depuis mercredi. Mais Beyrouth a connu sa nuit la plus calme depuis que les affrontements ont éclaté.
Les chefs des factions libanaises devaient se rencontrer samedi pour tenter de trouver un accord politique, tandis que la Ligue arabe organise une réunion d'urgence dimanche au Caire.
Le coup de force des mouvements chiites semble marquer un tournant dans la crise politique que traverse le Liban, à son paroxysme depuis le départ en novembre 2007 du président pro-syrien Emile Lahoud, qui n'a toujours pas de successeur, faute d'accord entre la majorité et l'opposition. AP
st-nc/v/cr
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