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Au lendemain de l'offensive sans précédent de la rébellion darfourie sur Khartoum, le Soudan a rompu dimanche ses relations avec le Tchad voisin, le mettant en cause dans cet assaut. Le régime du président Omar el-Béchir, affirmant avoir repoussé l'attaque du JEM, a levé partiellement le couvre-feu en vigueur depuis la veille.
Intervenant brièvement à la télévision d'Etat pour annoncer la rupture des relations avec le Tchad, le président El-Béchir, vêtu d'un treillis militaire, a dit "se réserver le droit" de répliquer contre ce régime "hors-la-loi", agitant la menace d'une guerre totale entre les deux voisins.
"Je veux assurer la population que tout est désormais sous contrôle, les forces rebelles ont été totalement détruites", a-t-il affirmé, accusant le Tchad d'avoir formé ces combattants et considérant N'Djamena comme "totalement responsable" de la situation.
De violents combats ont opposé samedi des centaines de rebelles du Darfour (ouest) aux forces gouvernementales soudanaises dans les faubourgs de Khartoum. Jamais avant les insurgés ne s'étaient approchés aussi près de la capitale, située à des milliers de kilomètres à l'est de leur secteur d'opérations habituel.
La télévision soudanaise diffusait dimanche des images de prisonniers ensanglantés et de véhicules pris aux rebelles, affirmant que l'offensive était un échec total et faisant état de nombreux cadavres de rebelles dans les rues.
Le Soudan accuse le Tchad de soutenir les rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), qui ont pris les armes pour défendre le Darfour. La guerre dans cette région de l'ouest du Soudan a fait plus de 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis le début 2003 et nombre d'atrocités sont imputées aux milices Janjawid alliées au gouvernement.
Le Tchad de son côté accuse Khartoum d'armer les rebelles qui ont tenté de s'emparer de N'Djamena en février. Les deux pays avaient signé un accord de paix en mars, s'engageant à empêcher des groupes armés d'opérer sur leurs frontières.
Dimanche matin, le couvre-feu a été levé sur Khartoum, mais il restait en vigueur jusqu'à nouvel ordre dans sa ville-jumelle d'Omdurman, de l'autre côté du pont, a annoncé la radio d'Etat.
C'est en effet par Omdurman que le JEM a lancé son offensive-surprise sur la capitale. Et selon le porte-parole de la police, le général Mohamed Abdul-Majeed, cité par la radio, si nombre de rebelles ont été tués, d'autres opéraient toujours dans des quartiers résidentiels d'Omdurman.
Le ministère de l'Intérieur appelait cependant les habitants à rester chez eux, pendant que la traque des "infiltrés" se poursuit. Des barrages supplémentaires étaient toujours en place dimanche dans toute la ville, et les arrestations allaient bon train, alors que la circulation était réduite à son minimum, les citadins ne se risquant guère à sortir.
Pour la première fois de son histoire, la télévision publique a diffusé la photo de Khalil Ibrahim, chef du JEM, qualifié d'"agent du régime tchadien", qui a mené l'assaut et qui se cacherait quelque part dans Omdurman, lançant un appel à témoins et annonçant une récompense pour toute information pouvant mener à sa capture.
Au cours de l'année écoulée, le JEM, qui ne compte que quelques milliers d'hommes, a élargi sa base d'opérations à la province du Kordofan, plus proche de Khartoum, s'en prenant même à des installations pétrolières. L'assaut de samedi soir est cependant le premier sur la capitale.
Cette attaque sans équivalent dans l'histoire de la guerre du Darfour augmente la pression sur le régime de Khartoum pour se sortir de ce conflit. Le pouvoir soudanais est notamment accusé de bloquer le déploiement d'une force de maintien de la paix onusienne. AP
nc/v
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