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L'aide entre au compte-gouttes en Birmanie mais, faute d'eau potable et de mesures sanitaires d'urgence, le bilan du cyclone Nargis pourrait se creuser jusqu'à 1,5 million de morts, a averti dimanche l'ONG britannique Oxfam, alors qu'un bateau transportant des produits de première nécessité pour les survivants faisait naufrage au large de Bogalay.
Comme pour compliquer encore la tâche des secours et des humanitaires, dont l'aide n'atteint que modestement le delta d'Irrawaddy (sud), la région la plus dévastée, de fortes pluies sont prévues sur la Birmanie dans les prochaines semaines.
Le bateau à deux niveaux qui a coulé tôt dimanche a heurté un tronc d'arbre, a annoncé la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, dont c'était le premier arrivage dans la zone sinistrée. Parti de Rangoon, la plus grande ville du pays, à destination de Mawlamyinegyun, il avait à bord de l'aide pour plus d'un millier de survivants.
"C'est une grand perte pour la Croix-Rouge birmane et pour les personnes qui ont besoin d'aide urgemment", a commenté Aung Kyaw Htut, le coordinateur de la Croix-Rouge locale.
Les quatre membres d'équipage ont pu être secourus mais, comme l'a reconnu Michael Annear, responsable de la Croix-Rouge internationale à Rangoon, cet accident porte "un coup très dur" à l'organisation des secours, déjà critiquée pour sa lenteur.
"En plus du retard pris dans l'acheminement de l'aide, nous devons à présent réévaluer la façon de la transporter", a-t-il expliqué, alors que la junte birmane continue de filtrer à l'extrême les secours venus de l'étranger.
Dans ce contexte dramatique, la télévision d'Etat a annoncé dimanche que 5.000 décès supplémentaires avaient été comptabilisés, portant le bilan officiel à 28.458 morts, le nombre des disparus descendant à 33.416. Les ONG internationales s'accordent toutefois pour dire que le bilan réel du cyclone du 3 mai pourrait atteindre les 100.000 morts, les conditions de vie se détériorant chaque jour pour les survivants.
Plus alarmiste encore, l'organisation britannique Oxfam a averti que si l'aide d'urgence n'arrivait pas très prochainement dans les secteurs les plus touchés, il faudrait peut-être multiplier par 15 le bilan, ce qui porterait le nombre des morts à 1,5 million et résulterait en une catastrophe médicale.
"Il est vraiment crucial que les gens aient accès à l'eau potable et à des installations sanitaires pour éviter des morts et des souffrances inutiles", a souligné Sarah Ireland, directrice régionale d'Oxfam, devant la presse à Bangkok.
Pour l'heure, la junte a empêché la plupart des travailleurs humanitaires étrangers d'entrer en territoire birman, affirmant être capable de distribuer l'aide promise par la communauté internationale. Pendant ce temps, les cargaisons de secours continuent de s'amasser à Rangoon et dans plusieurs pays, dans l'attente du feu vert des autorités.
L'aéroport de Rangoon, le plus grand de Birmanie, ne peut gérer que cinq vols par jour à l'arrivée, alors que, selon les estimations de l'ONG humanitaire pour enfants PLAN, il en faudrait un par heure pour permettre l'acheminement de l'aide nécessaire.
"La situation logistique est particulièrement problématique", a constaté cette organisation britannique dans un communiqué. "En résumé, ils ne disposent que d'un aéroport congestionné, d'équipements insuffisants pour faire face à un afflux de cargaisons, de peu de carburant et d'aucun camion."
Sur fond de guerre des visas entre les ONG et les autorités birmanes, des avancées étaient signalées par l'ONU dans l'arrivée de l'aide. La junte a ainsi autorisé la remise au Programme alimentaire mondial (PAM) de 38 tonnes de biscuits énergétiques confisqués vendredi. Un geste qualifié de "très positif" par Marcus Prior, le porte-parole du PAM.
Reste que de très nombreux rescapés étaient dimanche sans aide depuis plus d'une semaine, après avoir fui leurs villages inondés pour trouver refuge dans des monastères et des écoles. Partout flottait une terrible odeur de mort, alimentée par les cadavres d'humains et d'animaux se décomposant dans l'eau, tandis que de longues lignes d'attente se formaient dans les camps de secours pour obtenir une maigre ration de riz et d'huile. AP
tl/v/cr
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