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actu & culture


PARIS - mercredi 11 juin 2008 à 17h30

Paris retient son souffle avant le référendum irlandais



Les responsables politiques français retenaient leur souffle mercredi à la veille du référendum en Irlande sur le traité de Lisbonne. Alors que les partisans du "oui" s'inquiétaient des conséquences d'un "non" sur la présidence française à partir du 1er juillet, les "nonistes" de 2005 rêvaient d'une réorientation de la construction européenne.

Plus encore que les autres capitales européennes, Paris a les yeux braqués sur le vote, très incertain, des 2,8 millions d'électeurs irlandais: la France prend dans trois semaines la présidence tournante de l'Union européenne pour les six prochains mois.

En cas de "non", l'agenda de cette présidence, enjeu essentiel pour le président français Nicolas Sarkozy, serait bouleversé. Ses priorités, l'immigration, l'environnement, la défense, seraient reléguées au second plan, derrière l'urgence de trouver une solution pour remédier à la crise institutionnelle.

M. Sarkozy n'a pas caché son inquiétude lundi à Straubing (Allemagne), où se tenait un conseil des ministres franco-allemand. Un "non" irlandais poserait un problème "pas simplement pour la présidence française", mais "pour l'Europe", a reconnu le président français. Sans plus de précisions, il a promis "une initiative franco-allemande" quel que soit le résultat du vote de jeudi.

Un "oui" assurerait la ratification du traité de Lisbonne par l'ensemble des 27 Etats-membres -l'Irlande étant la seule à soumettre le texte au référendum- et l'entrée en vigueur du nouveau traité le 1er janvier 2009.

Un "no" irlandais ramènerait en revanche l'Union dans la crise institutionnelle dans laquelle elle avait été plongée par les "non" français et néerlandais de 2005.

A la veille du vote irlandais, les partisans du "oui" faisaient valoir qu'il n'y avait "pas de plan C". Les mêmes affirmaient déjà il y a deux ans, avant le référendum sur le traité constitutionnel, qu'il n'y avait pas de "plan B".

"Ce sera un coup pour l'Europe politique", a estimé sur LCI l'ancien ministre socialiste des Affaires européennes Pierre Moscovici. Selon lui, trois scénarios seraient possibles: "faire revoter les Irlandais -c'est grossier et un peu difficile-, recommencer une négociation institutionnelle -l'Europe en est lassée-, et proposer de fonctionner sans l'Irlande. Juridiquement cela ne tient pas".

La première option semble privilégiée par Paris. En cas de "non", la présidence française "tenterait de convaincre les Irlandais" de "remettre ce traité sur le métier", expliquait lundi le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Ce scénario avait prévalu lorsque les Irlandais avaient rejeté le traité de Nice en juin 2001. Ils avaient alors dû revoter après avoir obtenu quelques aménagements, et avaient fini par ratifier le traité.

Nicolas Sarkozy ne serait pas le seul à être embarrassé par un "non": un rejet irlandais replongerait le Parti socialiste dans ses divisions profondes sur l'Europe.

Certains "nonistes" de 2005 se frottaient déjà les mains mercredi. Un "non" irlandais "obligera à prendre un tournant, à organiser autrement la démocratie européenne", a espéré Jean-Luc Mélenchon, interrogé sur RTL.

"Si ce traité échoue, il faudra en refaire un autre. Il faudra recommencer jusqu'à ce que les peuples trouvent leur compte", estimait Arnaud Montebourg.

Plus prudent, Laurent Fabius se refusait pour sa part à tout pronostic. "On verra", a simplement dit lors d'une rencontre avec la presse parlementaire l'ancien Premier ministre, dont la prise de position en faveur du "non" avait été décisive en 2005. En tout état de cause, "il y a un vrai déficit démocratique et l'Europe a besoin d'être profondément réorientée vers une dimension sociale, écologique et démocratique". AP

egp-ljg/nc




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