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L'Amérique latine, aujourd'hui terre d'émigration après avoir été au cours des siècles un Eldorado pour les migrants venus d'Europe, est furieuse de l'adoption par l'UE de la controversée "directive retour". Jeudi, Hugo Chavez a menacé de ne plus vendre de pétrole aux pays européens durcissant leurs règles sur l'expulsion des immigrés clandestins, emboîtant le pas à ses collègues équatorien et bolivien, premiers à dénoncer cette "directive de la honte".
Au cours d'une intervention télévisée, le président vénézuélien s'en est pris violemment à ce texte, validé mercredi par le Parlement européen, qui harmonise à 18 mois dans toute l'Europe la durée de rétention possible pour les sans-papiers et permet une interdiction de réadmission pour les expulsés allant jusqu'à cinq ans.
Chavez a jugé que la politique approuvée par les parlementaires de l'Union européenne montrait "des signes de fascisme".
"Notre pétrole ne devrait pas aller à ces pays", a ajouté Chavez, affirmant qu'il bloquerait aussi leurs investissements: "si des pays européens commencent à appliquer (cette loi) et à emprisonner des Colombiens, des Paraguayens, des Boliviens, des Equatoriens, nous allons établir notre propre liste de sociétés de ce pays qui ont investi au Venezuela". Quelques compagnies pétrolières européennes comme le français Total sont présentes au Venezuela.
"Nous n'allons emprisonner personne, mais l'entreprise de ce pays devra retirer ses investissements, nous pouvons le faire dès à présent", a mis en garde Chavez.
Un peu plus tôt, à La Paz, Evo Morales réagissait avec force, annonçant qu'il prendrait la tête d'une campagne internationale contre cette directive, en y associant l'Afrique.
"Je demande aux présidents d'Europe, au Parlement européen, qu'ils ne commettent pas cette agression contre l'humanité et la vie. Ce qu'ils font est très grave", a-t-il déclaré en recevant la presse étrangère. "Il y aura une réaction. Je leur demande qu'ils ne nous entraînent pas à un affrontement".
Pour Evo Morales, premier président indien en Bolivie et qui s'est lancé dans un programme de renationalisations, la pauvreté de l'Amérique latine et de l'Afrique sont liées au "pillage" par les multinationales.
L'Equatorien Rafael Correa avait lui été le premier à dégainer après l'adoption mercredi par le parlement de Strasbourg, évoquant une "barbarie" destinée à "criminaliser l'immigration" et "une véritable honte pour cette Europe qui était autrefois une Europe des lumières".
Critiquant la "double morale" d'une mondialisation qui prône la libre circulation des marchandises et capitaux mais "criminalise celle des êtres humains", Correa a dit vouloir lancer un "front commun" afin de "protester contre cette agression et cette atteinte aux droits de l'homme".
A Buenos Aires, le gouvernement argentin a officiellement réaffirmé "qu'immigrer n'est pas un délit", refusant "des concepts tels qu'immigration légale ou illégale" et jugeant "qu'interdire la libre circulation des personnes pour des motifs liés à l'origine, la religion, l'idéologie, le sexe, l'âge ou la qualification est une violation des droits de l'Homme fondamentaux".
Quant au président péruvien Alan Garcia, qui compte un million et demi de ses ressortissants en Europe, il a demandé la convocation d'une réunion spéciale de l'Organisation des Etats américains (OEA) sur ce thème. Selon lui, la mesure affectera plus de trois millions d'immigrés des pays andins (Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie).
D'après les chiffres officiels, quelque 500.000 Boliviens vivraient en Europe, dont environ 350.000 en Espagne, la majorité des clandestins: selon l'ambassade de Bolivie à Madrid, seuls 65.000 auraient des papiers de séjour en règle. Pour la Bolivie, pays le plus pauvre d'Amérique du Sud, les "remesas", l'argent envoyé par les migrants, est la troisième source de revenus (10% du PIB). Quant aux Equatoriens, ils sont environ 500.000 rien qu'en Espagne.
A ce jour, l'Europe n'exige pas de visa d'entrée pour les ressortissants d'Argentine, du Brésil, du Chili, du Mexique, d'Uruguay et du Guatemala, à la différence des Colombiens, Paraguayens et Equatoriens, rejoints par les Boliviens.
Sur le terrain, les responsables espagnols cherchaient à calmer le jeu face à la fureur croissante des latino-américains: La nouvelle directive "donne des garanties juridiques à tous les clandestins", là où il n'y en avait pas, a justifié à Bogota le chef de la diplomatie espagnole Miguel Angel Moratinos. A Quito, la secrétaire d'Etat pour l'Amérique latine, Trinidad Jiménez affirmait elle qu'il n'y aurait aucun changement susceptible d'affecter les Equatoriens vivant en Espagne.
Le gouvernement du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero s'est engagée à ne pas modifier à la hausse la durée de rétention maximale autorisée en Espagne, aujourd'hui de 40 jours. En revanche, l'Italie de Berlusconi a la politique inverse. AP
nc/div/sb
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