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Les forces de sécurité pakistanaises pilonnaient samedi au mortier des positions supposées des talibans dans le cadre d'une offensive d'envergure lancée contre les forces de la milice fondamentaliste. Celles-ci menacent en effet depuis plusieurs semaines Peshawar, la principale ville du nord-ouest du pays en proie à l'instabilité.
L'opération en cours dans la région tribale de Khyber est la première action militaire de grande ampleur engagée par le nouveau gouvernement pakistanais arrivé aux affaires en février contre les talibans opérant dans ce secteur frontalier avec l'Afghanistan.
Conséquence directe de cette offensive, le chef des talibans au Pakistan a fait savoir qu'il suspendait toute discussion de paix avec les autorités. Baitullah Mehsud a ajouté que les pourparlers resteraient gelés jusqu'à la décision finale du conseil exécutif de son mouvement. L'offensive gouvernementale, très controversée, visait à pacifier la zone tribale frontalière avec l'Afghanistan.
Le gouvernement a annoncé qu'il préférait la voie de la négociation pour désamorcer les tensions avec les talibans. La menace qui pèse sur Peshawar depuis deux semaines a cependant conduit l'armée à intervenir, d'autant que Khyber est une route d'approvisionnement stratégique pour les troupes américaines en Afghanistan.
Un couvre-feu permanent a été décrété dans le secteur de Bara, qui jouxte Peshawar, où d'importants contingents de militaires ont été déployés. La route principale menant à Khyber était totalement bloquée, selon Moujeeb Khan, un haut responsable local.
"Tous les bazars sont fermés et les habitants sont appelés à ne pas quitter leur domicile", a-t-il précisé. Selon les journaux locaux, les hôpitaux de Peshawar ont été placés préventivement en état d'alerte.
Dans l'après-midi, les forces de sécurité frontalière ont commencé à tirer au mortier sur des caches présumées des talibans dans les reliefs de Khyber. "L'opération est lancée", a confirmé un édile local, Muhammad Siddiq Khan.
Selon Fasih Ullah, policier à Khyber, quelque 700 hommes de la sécurité frontalière ont pris position dans Khyber dès vendredi soir en vue de cette offensive.
"Comme l'opération est centrée sur la zone tribale, nous devons être particulièrement vigilants", a commenté Tausseef Haider, l'un des commandants de cette force paramilitaire, interrogé au poste de Shahkas, à l'entrée de Peshawar. "Nous nous sommes renforcés et nous ne laisserons passer aucun taliban".
Le Premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani se trouvait samedi à Peshawar à l'occasion d'une visite qui, officiellement, n'avait pas de lien avec l'opération militaire en cours.
L'offensive semblait notamment viser le dirigeant du Mouvement pour la promotion de la vertu et l'éradication du vice, Haji Namdar, soupçonné d'être à l'origine d'attaques contre des soldats de la coalition internationale en Afghanistan et d'imposer sa version de la charia, la loi islamique, dans la région.
L'inquiétude liée à l'avancée des talibans sur Peshawar remonte à deux semaines. Des éléments de la milice fondamentaliste en provenance de Khyber étaient alors entrés dans Peshawar et avaient enlevé 16 chrétiens qui ont depuis été retrouvé la liberté.
"La situation est telle que les talibans sont partout autour de Peshawar. Ils sont à notre porte", a résumé Mahmoud Shah, ancien chef de la sécurité dans la zone tribale. "C'est comme de l'eau qui se déverserait dans un champ. Si rien n'est fait pour en empêcher l'écoulement, nous allons tous nous noyer."
La récente vacance du pouvoir à Islamabad a également apporté un peu d'oxygène à un mouvement taliban en pleine renaissance, qui contrôle désormais la zone tribale frontalière. "Elle est complètement sous leur contrôle. Tout le monde attend une réaction et une politique cohérente du gouvernement fédéral." AP
tl/v153
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