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actu & culture


PARIS - mardi 01 juillet 2008 à 19h48

Nicolas Sarkozy prend les rênes de l'Europe dans un climat tendu


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La France a pris officiellement mardi la tête de l'Union européenne pour 188 jours, alors que les difficultés s'accumulent: le président polonais Lech Kaczynski a jugé "inutile" la ratification du traité de Lisbonne après le "non" irlandais, alors que le commissaire européen Peter Mandelson séchait le dîner offert à l'Elysée.

"La présidence française s'ouvre dans un contexte qui n'est pas facile", a concédé Nicolas Sarkozy, qui recevait le président de la Commission José Manuel Barroso.

L'Irlande a rejeté le traité de Lisbonne lors d'un référendum le 12 juin. Les Etats-membres de l'Union européenne étaient ensuite tombés d'accord pour poursuivre malgré tout le processus de ratification, reportant jusqu'en octobre toute décision sur le cas irlandais.

Or, dans une interview publiée par le quotidien "Dziennik", M. Kaczynski juge notamment que "pour l'heure, la question du traité est vaine". Le Parlement polonais a ratifié le traité à une très large majorité en avril dernier, mais cette ratification a encore besoin de la signature du chef de l'Etat pour être effective.

"Je ne peux pas imaginer que le président (polonais) qui a lui-même signé en bas du document (...) puisse remettre en cause sa propre signature", a réagi mardi Nicolas Sarkozy. "C'est une question morale, c'est une question d'honnêteté", donc "je ne doute pas une minute que cet engagement sera tenu".

"Le courage politique, c'est pour les responsables européens d'assumer les choix qu'ils ont fait", a renchéri José Manuel Barroso.

Dès lundi soir, la tour Eiffel s'était parée des couleurs européennes alors que la France prenait pour six mois la présidence tournante de l'UE, un drapeau étoilé côtoyant désormais la bannière tricolore au dessus de l'Elysée et de Matignon, à l'Assemblée nationale et sous l'Arc de Triomphe.

Le Premier ministre François Fillon a reçu mardi à Matignon les 27 commissaires européens pour un déjeuner de travail, plaçant à nouveau cette présidence française sous le signe de "l'humilité".

"Nous abordons sur d'excellentes bases un semestre difficile", a estimé M. Barroso à l'Elysée, saluant "l'esprit nouveau qu'il y a maintenant" entre Paris et Bruxelles. "Nous aurions évidemment souhaité (...) un horizon plus dégagé sur le plan institutionnel", mais "cette présidence française vient au bon moment", car "ce dont nous avons besoin aujourd'hui le plus c'est de courage politique et d'un langage de vérité".

Le courage politique, c'est notamment "de reconnaître et d'accepter dans une Europe à 27 la nécessité du compromis" et "de ne pas vouloir par principe faire prévaloir les intérêts nationaux sur l'intérêt général européen", a noté M. Barroso en guise d'avertissement.

"Je sais parfaitement que la règle du jeu c'est que la présidence de l'Union soit au service de toute l'Europe et pas simplement du pays qui provisoirement préside l'union européenne", lui a assuré Nicolas Sarkozy.

Reste que, déjà, les dissensions apparaissent. Et ce sont 26 commissaires, et non 27, qui devaient participer à un dîner à l'Elysée mardi soir, en l'absence du Britannique Peter Mandelson.

Le commissaire chargé du Commerce n'a pas apprécié les critiques exprimées la veille par le président français sur la façon dont il conduit les négociations dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). "La nouvelle attaque du président Sarkozy (...) est décevante", a estimé Peter Power, son porte-parole. "Ce genre de critique est faux et injustifié. A un moment difficile des négociations sur le commerce mondial, l'UE doit rester unie".

"J'aurais été ravi d'accueillir M. Mandelson" et "il aurait été reçu (...) avec courtoisie", a assuré Nicolas Sarkozy. Mais "c'est pas interdit d'avoir des désaccords en Europe".

Alors que le président français avait aussi critiqué lundi soir la Banque centrale européenne (BCE), qui pourrait augmenter ses taux d'intérêt d'un quart de point jeudi, M. Barroso a par ailleurs souligné mardi "la nécessité de lutter contre l'inflation, qui est la première menace qui pèse sur le pouvoir d'achat des citoyens".

Les deux hommes ont également annoncé avoir décidé de travailler sur "un plan européen de lutte contre la maladie d'Alzheimer" et "une initiative pour encourager la mobilité des jeunes Européens, et notamment des jeunes apprentis", selon Nicolas Sarkozy. AP

co/nc