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actu & culture


WASHINGTON - samedi 05 juillet 2008 à 13h51

Un Barack Obama courtisant le centre déclenche des critiques à gauche et à droite


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Historiquement, les candidats à la présidentielle américaine se rapprochent du centre une fois nominés. Mais l'opération séduction lancée par Barack Obama pour élargir son électorat potentiel aux modérés pousse les républicains à ironiser sur le fait que son message de changement ne s'applique qu'à ses propres positions d'antan...

Le plus dommageable pour lui aura été sa récente déclaration sur l'Irak, lorsqu'il a expliqué qu'il réévaluerait sa position après avoir rencontré les commandants militaires cet été. Les républicains ont bondi sur l'occasion, l'accusant de faire volte-face sur sa promesse de retirer tous les soldats américains d'Irak dans les 16 mois suivant son arrivée à la Maison Blanche.

Malgré le démenti rapide du sénateur de l'Illinois, les républicains n'en démordent pas: pour eux, cela prouve qu'il est un "homme politique typique", selon Alex Conant, un des porte-parole du GOP. "Il semble ne pas y avoir de sujet sur lequel Barack Obama ne serait pas prêt à revenir sur ses engagements, au nom de l'expérience".

Mais ce n'est pas tout. Obama a défendu la peine de mort pour les violeurs d'enfants, s'est montré équivoque sur la question d'un contrôle strict sur les armes, a soutenu les directives autorisant le gouvernement à faire écouter les suspects de terrorisme et prôné l'augmentation du financement fédéral pour les mouvements religieux impliqués dans le combat contre les problèmes de société.

Comme pour l'Irak, la droite accuse Obama de cynisme en adoptant ces points de vue, voire de chercher à s'imposer en territoire traditionnellement républicain.

Ses partisans affirment qu'il se repositionne adroitement vers le centre, en accord avec sa philosophie personnelle modérée.

D'autres voient juste un peu des deux dans cette nouvelle ligne, adoptée depuis qu'Hillary Rodham Clinton n'est plus dans la course.

Dans cet exercice sur la corde raide, Obama semble pourtant sécurisé par un double filet: celui du soutien en cours de consolidation du Parti démocrate, doublé de la désaffection générale pour l'administration républicaine de George W. Bush.

Mais il ne creuse pas pour autant l'écart avec John McCain. Selon le dernier sondage Gallup, l'avantage du sénateur de l'Illinois ne décolle pas, toujours à 47-43 devant son collègue de l'Arizona. Ce qui reflète peut-être la confusion d'un électorat hésitant à apporter un plein soutien à un homme dont les positions apparaissent fluctuer ces derniers temps.

"Le plus important, en politique, c'est la marque", note Matthew Dowd, ancien stratège de George W. Bush. "La marque d'Obama, c'est qu'il fera de la politique autrement, il s'est construit là-dessus depuis un an et demi. Mais ces derniers jours, il y a fait des entorses".

C'est en tous cas ce que ressent l'aile gauche du Parti démocrate, surtout sur la délicate question des écoutes téléphoniques. Au départ, Obama avait dit qu'il bloquerait le renouvellement du Patriot Act, ce paquet de mesures antiterroristes adopté dans la foulée des attentats du 11-Septembre, si le texte interdisait de poursuivre les opérateurs télécoms ayant espionné les communications téléphoniques et les mails des Américains pour le compte de l'administration Bush.

Mais il a changé son fusil d'épaule, bien que le Patriot Act interdise toujours tout recours légal contre ces sociétés: il affirme qu'il y va de l'intérêt global de la sécurité nationale.

Matt Bennett, analyste à Third Way (Troisième voie), un centre de réflexion démocrate centriste, n'y voit que du pragmatisme: "les électeurs modérés sont les faiseurs de roi de la politique américaine". Et, "du point de vue de sa philosophie politique, Obama est une âme modérée".

Mais, au vu de ses dernières déclarations, des questions demeurent sur le positionnement d'Obama sur des thèmes importants pour les démocrates et nombre d'indépendants, sans compter les militants pro-IVG, inquiets de l'avoir entendu dire que la "détresse psychologique" ne devrait pas être une exception de santé permettant l'avortement tardif, jugeant qu'il fallait pour cela une "raison physiologique sérieuse".

Selon un sondage Associated Press-Yahoo News réalisé du 13 au 23 juin, 15% des personnes interrogées se qualifient de modérés qui ne soutiennent pas fermement un des candidats. Environ 39% d'entre elles se disent démocrates, 29% républicains, et 32% indépendants.

Si les analyses suggèrent qu'Obama serait moins dépendant de ces électeurs du centre pour faire la différence que son rival, l'opération séduction en leur direction est cependant là.

Et elle pourrait être risquée, vu que ce nouveau message s'harmonise mal avec les attentes qu'Obama a suscitées pendant sa bataille contre Hillary Clinton. Si sa base devrait tenir, ses appels du pied aux modérés pourraient bien perturber les indécis plutôt que les séduire...

"Si j'étais (un responsable de la campagne d'Obama), je me lèverais plutôt chaque matin en me demandant comment je peux rester fidèle à cette marque, celle de l'homme politique qui veut changer la façon dont les choses fonctionnent à Washington", conclut Dowd, l'ancien stratège de Bush. AP

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