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Dragan Dabic: c'est sous cette fausse identité et une longue barbe blanche que se cachait Radovan Karadzic, l'un des criminels de guerre présumés les plus recherchés au monde, en cavale pendant 13 ans. Mardi, un juge serbe a bouclé l'interrogatoire de l'ancien dirigeant politique des Serbes de Bosnie et ordonné son transfert à La Haye, mais le suspect dispose de trois jours pour faire appel.
Son avocat Sveta Vujacic a d'ores et déjà annoncé son intention de s'opposer à l'extradition vendredi, pour empêcher les autorités de procéder à un transfert immédiat.
Et d'après un juge du Tribunal pénal international de La Haye pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), il faudra peut-être attendre plusieurs années avant l'ouverture du procès du cerveau présumé des pires massacres commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Compte tenu de la complexité du dossier, de la probable bataille juridique et du calendrier chargé du TPIY, "ce ne sera pas un procès rapide", a expliqué le magistrat Frederik Harhoff à une télévision danoise.
En attendant, la traque du fugitif âgé de 63 ans et accusé dès juillet 1995 par le TPIY a pris fin à la grande joie des musulmans bosniaques et de la communauté internationale. L'homme a été "arrêté lundi soir près de Belgrade alors qu'il s'apprêtait à changer de cache", a précisé mardi un représentant du gouvernement serbe, Rasim Ljajic. Les services de sécurité auraient repéré le suspect alors qu'ils cherchaient en fait son bras droit, le général Ratko Mladic, l'autre grand fugitif inculpé par le TPIY.
Peu s'attendaient à la capture du suspect, et la perte du pouvoir des nationalistes au profit d'un nouveau gouvernement pro-occidental pourrait en être l'une des raisons. Mais M. Ljajic s'est refusé à fournir tout autre détail jusqu'à ce que Mladic soit enfin arrêté: "Nous sommes absolument déterminés à finir ce travail."
Me Vujacic soutient quant à lui que son client a été capturé dans un bus vendredi vers 9h30 et détenu jusqu'à sa présentation lundi à la justice. "Ce qu'ils ont fait est absolument contraire à la loi", a-t-il dit à Associated Press Television News.
La photo de Karadzic présentée à la presse a montré un homme méconnaissable, qui usait du faux nom de Dragan Dabic. L'ex-président de la "Republika Srpska" portait des lunettes, s'était laisser pousser une longue barbe blanche, et pratiquait la "médecine douce", selon les autorités. "Sa fausse identité était très convaincante, même ses propriétaires ignoraient son identité", a affirmé le procureur serbe Vladimir Vukcevic.
Le directeur d'un magazine de Belgrade sur la santé, Goran Kojic, s'est dit bouleversé en reconnaissant sur le cliché diffusé à la télévision un collaborateur régulier de la publication.
Les années de clandestinité de l'ex-responsable bosno-serbe sont un mystère. Sous le coup de onze chefs d'accusation pour génocide, crimes contre l'humanité, violations des lois ou coutumes de la guerre et d'infractions graves aux conventions de Genève de 1949, l'homme se serait caché notamment dans des monastères orthodoxes et des grottes de zones reculées de l'est de la Serbie. Il est accusé avec Mladic d'avoir orchestré le siège de Sarajevo, l'épuration ethnique des musulmans et croates et notamment le massacre de quelque 8.000 musulmans à Srebrenica en 1995.
En Bosnie, sa famille, soupçonnée de l'avoir aidé à échapper à la justice, a demandé mardi la levée des restrictions lui interdisant de quitter le pays, afin de passer quelques heures avec lui à Belgrade avant son transfert aux Pays-Bas. "Pendant des années, nous n'avons pas vu notre père, notre mari, notre grand-père; la santé de ma mère n'est pas très bonne et nous n'avons pas les moyens financiers" d'"aller aux Pays-Bas", a affirmé la fille du suspect, Sonja, à l'Associated Press.
L'annonce de la capture a déclenché liesse et émotion parmi les musulmans de Bosnie. Dans le monde entier, des dirigeants ont salué l'arrestation, la qualifiant de "moment historique" comme la chancelière allemande Angela Merkel. Cet événement "rapproche la Serbie de l'Europe", a souligné le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner.
Tomislav Nikolic, dirigeant du Parti radical serbe ultranationaliste, a en revanche évoqué une journée "difficile" pour son pays. "Karadzic était un mythe et une légende pour le peuple serbe", a-t-il affirmé. A Belgrade, des échauffourées ont opposé mardi la police à quelque 200 militants extrémistes serbes, scandant "trahison!" et jetant des pierres contre les policiers. AP
cr/v/st-ll/v0556
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