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actu & culture


ROME - mercredi 13 septembre 2006 à 17h42

Les migrants victimes d'abus en Libye, selon HRW



La Libye, point de passage entre l'Afrique et l'Europe, est montrée du doigt par Human Rights Watch. Les migrants et autres réfugiés y sont souvent arrêtés arbitrairement, battus et refoulés vers des pays où ils risquent des persécutions ou la torture, dénonce l'ONG dans un rapport.

L'organisation basée à New York appelle l'Union européenne à presser la Libye de protéger les droits de ces étrangers. Selon HWR, l'UE ne l'a pas fait jusqu'ici, mais a l'occasion de rectifier le tir alors qu'elle négocie la mise en place de patrouilles navales conjointes avec Tripoli pour enrayer l'afflux de clandestins vers les côtes européennes.

"L'Union européenne travaille avec la Libye pour empêcher ces gens d'atteindre l'Europe plutôt que de les aider à obtenir la protection dont ils ont besoin", souligne Bill Frelick, directeur de la politique des réfugiés à HWR. "Nous craignons que l'UE n'accorde pas une attention adéquate à la protection dont ces personnes ont besoin. On présume que ce sont des migrants économiques."

L'UE a vu ces derniers mois un afflux de migrants africains, qui au prix d'une périlleuse traversée tentent de gagner l'archipel espagnol des Canaries, Malte ou encore les îles du sud de la Grèce et de l'Italie.

L'Union souhaite que ses bateaux de surveillance soient autorisés à utiliser les ports et eaux territoriales de la Libye et que des navires libyens participent aux patrouilles. Selon des responsables européens, Tripoli envisage de se joindre à ces missions navales en échange d'une aide européenne pour contrôler l'immigration à sa frontière sud.

"Les négociations devraient garantir que les personnes interceptées en mer ne sont pas refoulées sommairement et certainement pas en Libye, car ce n'est pas un pays sûr et il ne peut être considéré comme tel par l'Europe", souligne Judith Sunderland, de HRW.

Selon le rapport de l'ONG "Endiguer le flux: les abus contre les migrants", les autorités libyennes ont arrêté de manière arbitraire des étrangers sans papiers, les ont maltraités en détention et contraints à retourner dans des pays comme l'Erythrée et la Somalie, où ils risquent d'être persécutés ou torturés. Selon le document, citant des chiffres officiels, les autorités libyennes ont rapatrié 145.000 étrangers entre 2003 et 2005.

Pour son rapport, HRW a interviewé 56 migrants, demandeurs d'asile et réfugiés en Libye et en Italie. Parmi eux, seuls 17 avaient reçu le statut de réfugié de l'Italie ou du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) au moment de ces entretiens.

La Libye n'a pas signé la Convention de Genève de 1951, relative au statut des réfugiés, qui en substance stipule qu'on ne peut renvoyer des personnes vers des lieux où ils risquent d'être persécutés, note M. Frelick.

Le rapport critique également le précédent gouvernement italien de Silvio Berlusconi pour avoir renvoyé plus de 2.800 personnes en 2004 et 2005 vers la Libye. Il salue en revanche le nouveau gouvernement de Romano Prodi, qui a indiqué son refus d'expulser des étrangers vers des pays qui n'ont pas signé la Convention de Genève. AP

lma/v759/nc