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actu & culture


TOKYO - lundi 25 septembre 2006 à 15h58

Shinzo Abe, un enfant de la balle


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Descendant d'une longue lignée d'hommes politiques de premier plan, Shinzo Abe, qui doit être désigné Premier ministre par le Parlement japonais mardi, a été préparé dès son plus jeune âge pour le pouvoir. Mais s'il a connu une ascension fulgurante, il n'a pas encore atteint la popularité du chef de gouvernement sortant, Junichiro Koizumi.

Elu mercredi dernier à la tête du Parti libéral-démocrate, Abe, 52 ans, numéro 2 du gouvernement, avait gravi très vite les échelons du pouvoir: il n'est entré à la Diète (Parlement) qu'en 1993, et n'a obtenu son premier portefeuille ministériel que l'an dernier, celui de secrétaire du cabinet.

En 2002, ce conservateur était sorti d'un anonymat relatif en conduisant avec succès les efforts du Japon pour obtenir la libération de ressortissants enlevés par la Corée du Nord. S'il est élu mardi, il deviendra le plus jeune Premier ministre du Japon depuis la Seconde Guerre mondiale, et le premier né après le conflit.

Sur le plan politique, il semble beaucoup tenir de son défunt grand-père, Nobusuke Kishi, arrêté comme criminel de guerre après le conflit, ensuite réhabilité, avant d'être Premier ministre de 1957 à 1960. Kishi prônait l'établissement de liens avec les Etats-Unis et une alliance sécuritaire avec Washington.

Abe a refusé d'adopter une attitude de repentance sur le comportement du Japon durant la guerre, ardent défenseur du sanctuaire de Yasukuni, qui honore les Japonais morts pour le pays durant le conflit, et où reposent des criminels de guerre reconnus.

Il plaide également pour un renouveau de l'éducation patriotique dans les écoles publiques, et soutient des manuels scolaires auxquels d'autres reprochent de faire l'impasse sur le passé militaire du Japon.

Shinto Abe prône également une révision de la Constitution nippone, rédigée en 1947 par les Etats-Unis, qui interdit au Japon d'intervenir militairement. Le probable futur Premier ministre et d'autres veulent l'amender, pour que le Japon puisse participer à des opérations militaires à l'étranger.

Abe fait de l'alliance avec les Etats-Unis une des pierres angulaires de la défense du Japon et de sa politique étrangère, et passe pour proche des conservateurs à Washington.

Fils de Shintaro Abe, qui accéda au poste de ministre des Affaires étrangères en 1982, il est sorti diplômé de l'université Seikei à Tokyo en 1977, et a étudié la politique à l'université de Californie du Sud. Il a fait ses premiers pas sur la scène politique comme collaborateur de son père et a brigué un siège à la chambre basse du Parlement après le décès de celui-ci.

Améliorer les relations de Tokyo avec ses voisins asiatiques constituera pour lui un défi de taille. Durant son mandat de cinq ans, Junichiro Koizumi a durci le ton dans les conflits territoriaux qui opposent l'archipel à ses voisins et suscité de vives critiques en effectuant chaque année une visite au sanctuaire de Yasukuni. Si Abe défend le sanctuaire, ses collaborateurs affirment oeuvrer en coulisses pour organiser une réunion avec le président chinois Hu Jintao afin de calmer les tensions.

Le style sobre d'Abe devrait trancher avec celui du flamboyant Koizumi, autant connu pour sa crinière argentée et sa passion pour Elvis Presley que pour ses réformes. Abe est certes populaire, mais Koizumi l'est plus encore. Et les observateurs se demandent si Abe aura le charisme suffisant pour sortir de l'ombre du chef du gouvernement sortant.

"Il aura beau se faire pousser les cheveux jusqu'aux épaules et se déhancher sur les chansons d'Elvis, il ne pourra pas être un nouveau Koizumi", estime Gerald Curtis, professeur de politique japonaise à l'université de Columbia. AP

lma/v318/nc