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actu & culture


ADDIS ABEBA - lundi 09 octobre 2006 à 19h26

Tsehai la girafe au secours de l'alphabétisation en Ethiopie


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Tsehai est curieuse, gaie et parle d'une voix aiguë. Nouvelle coqueluche de la télévision éthiopienne, cette girafe-marionnette tente d'inculquer des connaissances de base aux plus jeunes et de faire passer un message écologique, dans un pays où de nombreux enfants ne sont pas scolarisés et où l'analphabétisme est très élevé.

Depuis ses débuts en septembre, l'émission diffusée par la télévision nationale se concentre sur le thème de l'environnement tout en essayant d'enseigner l'alphabet amharique, en vigueur en Ethiopie, et d'autres notions de base. Chaque épisode de "Tsehai aime apprendre" dure sept à huit minutes et montre la girafe jaune et marron avec sa famille et ses amis dans un décor recréé par ordinateur évoquant les paysages de l'Ethiopie.

"Nous pensons que c'est quelque chose qui était nécessaire car seuls quelques enfants ont l'occasion de fréquenter des écoles privées et la plupart n'y vont pas du tout ici", souligne Brucktawit Etzenhouser, une ancienne enseignante, qui a conçu et confectionné les marionnettes. Elle et son mari américain, Shane, informaticien, ont investi leurs économies dans ce projet, et ce sont eux qui avec quelques amis prêtent leur voix aux personnages, Brucktawit assurant celle de Tsehai ("soleil" en amharique).

Mme Etzenhouser fixe également les thèmes de l'émission avec l'aide de son mari, qui assure de son côté l'animation par ordinateur et monte les images. "Nous avons tout créé et nous nous amusons", souligne Shane, originaire de Topeka (Kansas).

L'émission est destinée aux enfants âgés de trois à six ans mais n'a pas peur d'évoquer des sujets sérieux. Dans un épisode, Tsehai, présentée comme une petite girafe de six ans, perd un ami cher, un arbre, coupé par un paysan. La grand-mère de Tsehai, un personnage récurrent, la console. Et un nouvel ami, un jeune arbuste, apparaît à la place de l'ancien.

Si l'émission est conçue pour les enfants, les messages s'adressent aussi bien aux petits et aux grands. "Nous espérons apprendre aux enfants et aux parents à être plus sensibles aux questions sociales et écologiques", explique Shane Etzenhouser.

"Tsehai aime apprendre" a été diffusé pour la première fois le dimanche dans le cadre d'un programme d'une heure pour la jeunesse. "Après le premier épisode, nous avons reçu beaucoup de lettres et de coups de téléphone des enfants et de leurs parents", souligne Seifu Seyoum, directeur des programmes de la télévision éthiopienne. Un succès qui explique pourquoi l'émission est aujourd'hui diffusée jusqu'à trois fois par semaine. L'émission aide à lutter contre l'analphabétisme et a des vertus pédagogiques pour ceux qui n'ont pas les moyens d'aller à l'école, ajoute-t-il.

Selon les dernières statistiques disponibles, environ 68% des Ethiopiens entre 7 et 14 ans étaient inscrits à l'école à la rentrée 2004, mais beaucoup auraient abandonné les cours durant l'année scolaire. Et moins de 40% des adultes savent lire et écrire.

L'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), qui a aidé financièrement l'émission, estime qu'elle touche plus d'un million de personnes. Un chiffre apparemment peu élevé dans un pays de 73 millions d'habitant, mais les 6.000 dollars versés aux Etzenhouser pour la produire constituent un investissement "stratégique", selon Paul Hector, porte-parole de l'Unesco.

M. Hector souligne que son organisation et d'autres agences de l'ONU pourraient apporter une aide supplémentaire à l'émission, voire la diffuser par écran géant sur la Place Meskel, à Addis Abeba, où des centaines d'enfants des rues passent leurs journées et leur nuits. Les Etzenhouser envisagent d'adapter l'émission dans d'autres langues pour l'exporter ailleurs en Afrique. AP

lma/v303/st




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