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Maintenant que la sexualité est libre en Chine, ses habitants découvrent la syphilis, une maladie vénérienne combattue par le régime communiste et qui avait disparu pendant 20 ans. Selon les résultats d'une étude publiée vendredi par la revue médicale "The Lancet", la transmission a été multipliée par 20 environ depuis 1993 dans l'ensemble du pays.
Quand le parti communiste de Mao a pris le pouvoir en 1949, une de ses priorités était la santé. A ses yeux, les maladies sexuellement transmissibles étaient un héritage des sociétés occidentales. Confrontée à une des plus importantes épidémies de syphilis de l'histoire, la Chine communiste a travaillé fièvreusement à son élimination avec succès, obtenant sa disparition de 1960 à 1980.
"Il est surprenant qu'un pays qui autrefois se distinguait par son absence totale d'infections sexuellement transmissibles (IST) présente aujourd'hui un problème comme celui-là", note le Dr Myron Cohen, un des auteurs de l'étude et directeur du centre de maladies infectieuses de l'Université de Caroline du Nord.
En collaboration avec ses collègues chinois du centre national pour le contrôle des IST, il a examiné les résultats des études nationales de 1989 à 2005. Ils font apparaître que le nombre de cas de syphilis est passé de 0,2 cas pour 100.000 personnes en 1993 à 6,5 en 1999.
Encore plus inquiétant, le nombre de syphilis congénitales, transmises de la mère à son bébé pendant la grossesse, a fait un bond de près de 72% chaque année de 1991 à 2005. Par ailleurs, la maladie augmente de près de six fois le taux de transmission de SIDA.
Les taux les plus élevés ont été détectés dans les agglomérations les plus riches de Chine: Shanghaï, Pékin et les provinces de Guangdong, Hainan et Zhejiang.
De nombreux experts pensent que le lien entre argent et maladie n'est pas une coincidence. Et qu'avec l'importance des flux migratoires à l'intérieur du pays et le changement des pratiques sexuelles, la population chinoise est plus que jamais mélangée.
"Cette épidémie est un dégât collatéral du capitalisme et d'une société plus libre, associée à moins d'investissements dans la santé publique", analyse le Dr John Zenilman, professeur de médecine à l'Université Johns Hopkins, extérieur à l'étude.
D'après lui, l'épidémie de syphilis qui touche la Chine rappelle celle qui avait frappé la Russie après la chute de l'ex-Union soviétique. L'effondrement des sociétés rigides fournit souvent les conditions pour une parfaite explosion de la maladie.
D'autres pays, notamment le Canada, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, ont aussi été victimes d'épidémies de syphilis majeures ces dernières années. Mais alors qu'elles se limitaient dans ces pays à des groupes spécifiques, notamment aux travailleuses du sexe et aux gays, le problème est plus étendu en Chine, touchant indifféremment les hommes et les femmes.
Contrôler l'épidémie signifie que la Chine doit investir davantage dans la santé publique. Selon l'Organisation mondiale de la santé, près de la moitié de la population chinoise n'a pas les moyens de se soigner. "Les gens ne devraient pas avoir à regarder dans leur poche avant de décider s'ils peuvent aller à l'hôpital", souligne le Dr Henk Bekedam, représentant chinois de l'OMS, qui n'est pas lié à l'étude. AP
fs/v30/tl
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